Le bacille – Arnould Galopin


Arnould Galopin.jpgArnould Galopin imagine  un scientifique reconnu, Martial Procas. Sa spécialité : les microbes pathogènes. Beau comme un dieu, il fait courir le tout-Paris lors de ses conférences universitaires, surtout les Parisiennes. « Son dernier volume sur les cellules phagocytes – 700 pages in-octavo jésus, avec planches en couleurs -, eut le succès d’un roman d’aventures« . Mais homme de science avant tout, il ne remarque pas les minauderies des unes et des autres.
Jusqu’au jour où une belle Américaine attire son regard. Et Procas, l’homme d’un seul amour tombe éperdument amoureux de cette aventurière qui ne le mérite pas. Car quelques semaines à peine après le mariage, madame s’ennuie et va voir ailleurs. Quand il s’en rend compte, Procas est victime d’une crise très grave : cas de cyanose dû à un rétrécissement de l’artère pulmonaire. Procas prend une teinte bleue qui ne le quittera plus.
Dès lors, victime de la haine de ses semblables, il doit fuir car « rien n’était impressionnant comme cette face qui semblait celle d’un cadavre en décomposition et qui était cependant éclairée par deux yeux jeunes où se lisaient la douleur de vivre encore et l’exaspération de ne plus compter parmi les vivants… La plume d’un Edgar Poe pourrait seule rendre une telle vision d’épouvante… Cela donnait le frisson et fascinait tout à la fois« .

Arnould Galopin nous fait vivre avec beaucoup d’humanité le calvaire de cet homme qui ne trouve la paix nulle part. Partout où il va, ce ne sont que quolibets et moqueries. Bientôt même des menaces car un groupe d’ignorants mené par un escroc l’accuse de meurtre. Le paria ne trouve de réconfort que dans son chien, pauvre être lui aussi abandonné et maltraité. Le jour où l’ignoble boucher tue son chien, Procas jure de se venger en empoisonnant les habitants du quartier « et ce serait la moelle qu’il avait prélevée sur son chien qui recèlerait le poison ».
Il se livre alors à de minutieuses recherches et à de nombreuses expériences afin de multiplier la virulence des microbes pathogènes. Les rats sont ses cobayes et bientôt, le « Bacillus murinus » devient extrêmement violent. Quelques jours plus tard, Procas verse une fiole de son poison dans le réservoir de Montsouris…
Je ne vous livrerai pas le fin mot de l’histoire pour ne pas gâcher le plaisir de qui voudrait se plonger dans ce roman d’un des grands maîtres de l’aventure du début du 20ème siècle.

L’oeuvre d’Arnould Galopin est parue essentiellement en fascicules, Le bacille faisant exception, paru en 1928 chez Albin Michel. En effet, avec ce roman, l’écrivain délaisse sa plume aventureuse pour se pencher sur le destin tragique d’un homme poursuivi par la vindicte populaire et la haine aveugle des foules.
En 1906 paraît Le docteur Oméga, aventures fantastiques de trois Français dans la planète Mars (un des tout premiers romans d’aventures martiennes), repris en fascicules en 1908-1909 sous le titre Les chercheurs d’inconnu, aventures fantastiques d’un jeune Parisien. Le tour du monde en aéroplane écrit avec le comte Henry de La Vaulx contera cent soixante fascicules entre 1912 et 1914, et Le tour du monde en sous-marin quatre-vingt dix neuf entre 1925 et 1926. Il en aurait écrit plus de deux mille en tout.
Ces écrits pour la jeunesse eurent un immense succès, faisant suite à Jules Verne et s’inscrivant dans la lignée de Paul d’Ivoi et Jean de la Hire. Les héros d’Arnould Galopin sont généralement de jeunes adolescents vivant mille et une aventures plus ou moins exotiques à un rythme effréné. Ils ont pour modèle le boy scout ou l’explorateur courageux.

Malheureusement, la postérité est ingrate avec ses enchanteurs d’hier et jusqu’à récemment, on ne trouvait plus Le bacille d’Arnould Galopin ailleurs  que chez les bouquinistes, tout comme les autres oeuvres de Galopin (Le Docteur Omega a cependant été traduit il y a peu aux Etats Unis). Le nom de l’infatigable écrivain ne s’affiche donc pas dans les rues, si ce n’est à Néris-les-Bains, Allier, où il allait chaque années prendre les eaux.

Ses textes populaires ont pourtant jadis enchanté les lecteurs, et non des moindres. 

« Au cours d’une de nos promenades, Anne-Marie s’arrêta comme par hasard devant le kiosque qui se trouve encore à l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Soufflot : je vis des images merveilleuses, leurs couleurs criardes me fascinèrent, je les réclamai, je les obtins ; le tour était joué: je voulus avoir toutes les semaines Cri-Cri, l’Épatant, Les Vacances, Les Trois Boys-Scouts de Jean de la Hire et Le Tour du monde en aéroplane, d’Arnould Galopin qui paraissaient en-fascicules le jeudi. D’un jeudi à l’autre je pensais à l’Aigle des Andes, à Marcel Dunot, le boxeur aux poings de fer, à Christian l’aviateur beaucoup plus qu’à mes amis Rabelais et Vigny. Ma mère se mit en quête d’ouvrages qui me rendissent à mon enfance: il y eut « les petits livres roses » d’abord, recueils mensuels de contes de fées puis, peu à peu, Les Enfants du capitaine Grant, Le Dernier des Mohicans, Nicolas Nickleby, Les Cinq Sous de Lavarède. A Jules Verne, trop pondéré, je préférai les extravagances de Paul d’Ivoi. Mais, quel que fût l’auteur, j’adorais les ouvrages de la collection Hetzel, petits théâtres dont la couverture rouge à glands d’or figurait le rideau : la poussière de soleil, sur les tranches, c’était la rampe. Je dois à ces boîtes magiques – et non aux phrases balancées de Chateaubriand – mes premières rencontres avec la Beauté. Quand je les ouvrais j’oubliais tout. »
Jean-Paul SARTRE, Les Mots

Chaque jeudi, le petit Jean-Paul allait acheter un ou plusieurs de ces volumes de 128 pages, dont les auteurs sont aujourd’hui totalement oubliés.

Ce livre est lisible sur le site de la BNF.

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Le bacille, Arnould Galopin, L’Arbre vengeur, juin 2011, 217 pages, 13€

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