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Dark Water – Hideo Nakata

Yoshimi, (Hitomi Kuroki), une jeune femme récemment divorcée, cherche un appartement pour sa fille Ikuko (Rio Kanno) âgée de six ans à peine, et elle. Elle en trouve un dans un immeuble à l’architecture aussi vétuste que soviétique. Une fuite d’eau apparaît bientôt au plafond de la chambre : dark water

La jeune femme cherche également du travail. Ses rendez-vous lui valent d’être parfois en retard pour aller chercher sa fille à l’école. Elle l’attend. Comme il y a quelques années attendait une autre petite fille, qui a disparu, vêtue de son imperméable jaune. Cette disparition inquiète Yoshimi et la culpabilise. D’autant plus que son mari complique le divorce en faisait part aux conciliateurs de détails préjudiciables, comme cette thérapie qu’elle a jadis suivie. Bientôt, Yoshimi croit voir de loin en loin une petite fille vêtue d’un imperméable jaune.

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En regardant Dark Water, ceux qui ont vu Ring auront en tête son climat oppressant, la tension palpable, les scènes qui font sursauter tant l’angoisse est constante. Ici, il y a moins d’effets visant à surprendre, il s’agit plus d’installer un climat inquiétant, de miner peu à peu l’assurance d’une femme angoissée et fragile. Yoshimi s’inquiète pour sa fille, mais aussi pour l’autre, qu’elle imagine errante, seule, effrayée. Elle sent pourtant que la petite fille disparue représente un danger pour Ikuko, et cherche à la protéger. Toute l’intrigue est de savoir jusqu’où elle peut aller pour ça.

Spoilers
Mon interprétation en est une parmi tant d’autres et son explicitation nécessite de dévoiler la fin du film. Pour moi, Dark Water met en scène le parcours d’une femme qui sombre peu à peu dans la folie. L’allusion à la thérapie de jeunesse prouve qu’elle a déjà un passé psychiatrique quand commencent ses épreuves. Elle se trouve dans une situation difficile (recherche d’un logement, d’un emploi, divorce qui se passe mal) qui accentue sa fragilité ; elle est parfois au bord de l’hystérie. Quand elle découvre qu’une petite fille a disparu car sa mère était en retard pour venir la chercher à l’école, comme elle-même est en retard pour sa propre fille, elle devient obsédée : elle voit le fantôme de la petite disparue, endosse la responsabilité de sa disparition et dans son délire décide de la sauver. Elle sait inconsciemment que la mort est venue par l’eau, aussi c’est par l’eau que sa vie se détruit.
Quand dix ans plus tard, on retrouve Ikuko adolescente qui parle avec le fantôme de sa mère dans leur ancien appartement, on comprend qu’elle a hérité de l’instabilité psychologique maternelle, déjà sensible dans son enfance (notamment dans la scène où elle meurt presque happée dans la baignoire pleine d’eau sale).

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Dark Water n’est pas un film qui fait peur (il ne mérite pas son interdiction aux moins de douze ans) mais un film qui angoisse et interroge. Le film d’horreur japonais est globalement supportable, à des kilomètres de son homologue américain et dégoulinant. On est loin ici du film d’action trépidant, on peut même trouver certains passages un peu longs, mais il y a largement matière à réflexions et interprétations. L’image blafarde et humide (il pleut beaucoup) sied parfaitement au film même si c’est esthétiquement glauque.

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Dark Water
Hideo Nakata, 2003

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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