Jeunesse

Merlin / 1 – T.A. Barron

Barron-1.jpgIl est de grands hommes dont on sait peut de choses, comme Jésus, ou Merlin… Et on en sait encore moins sur l’enfance du magicien que sur celle du prophète, il est donc logique que des écrivains amateurs de légende arthurienne s’emparent du mythe pour broder et remplir les blancs de la fiction. Ainsi T.A. Barron lui invente-t-il un passé en lui inventant une enfance à partir de celui qu’il est devenu.

« Quand je me suis plongé dans les légendes traditionnelles, je n’ai rien trouvé sur la jeunesse du personnage. Cette époque de formation, où il a vraisemblablement découvert ses origines, son identité et ses pouvoirs, n’était mentionnée que fugitivement – lorsqu’elle l’était. De ses premiers chagrins, de ses premières joies et de l’acquisition des premières parcelles de sagesse, on ne savait rien.
La plupart des récits traditionnels suivent la même approche que Thomas Malory et passent cette période sous silence. Quelques-uns parlent de sa naissance, de sa mère tourmentée, de son père inconnu et de sa précocité – dans un de ces récits, on raconte qu’il se serait mis à parler à l’âge d’un an pour prendre la défense de sa mère. Ensuite, on ne sait plus rien de lui, jusqu’au jour où on le voit en train d’expliquer le secret des dragons au perfide roi Vortigern. »

Tout commence alors qu’à sept ans, il échoue sur une plage du Pays de Galles en compagnie d’une femme, Branwen. Elle lui dit qu’il s’appelle Emrys et qu’elle est sa mère mais il ne la croit pas. Ils vivent ensemble pendant des années dans un petit village où ils ne sont pas bien intégrés, Emrys devant supporter l’inimitié des sales gosses locaux qui les traitent de sorciers lui et sa mère. Il faut bien dire qu’il fait parfois preuve de capacités étranges… Suite à un accident alors qu’il sauve Branwen condamnée au bûcher, il devient aveugle mais acquiert un don de double-vue qui lui permet de voir différemment, plus loin et plus profondément.

A l’âge de douze ans, il décide de quitter sa mère et son village pour partir à la recherche de ses origines dont Branwen refuse de lui parler. Il prend la mer et échoue sur l’île de Fincayra, lieu intermédiaire entre la Terre et l’Autre Monde. Dans la forêt menacée de la Druma, il rencontre Rhia, jeune fille qui parle aux arbres, Fléau, un faucon hargneux, Shim le nain. Ce monde est en sursis, menacé par son roi, Stangmar. Celui-ci cherche à s’emparer d’un dernier talisman, le galator, le plus puissant des anciens trésors de Fincayra afin que son pouvoir soit total. Ce talisman est accroché au cou d’Emrys car Branwen le lui a donné avant son départ. Stangmar lance donc ses gobelins sur les traces du jeune garçon ; ils doivent le rapporter au Château des Ténèbres.

Les amateurs de légende arthurienne apprécieront sans doute ce premier tome et l’imaginaire de T.A. Barron. Tout ce qu’il imagine semble naturel, comme s’il s’agissait de la réécriture moderne d’une histoire ancienne. Le jeune Emrys est en accord avec la nature, il la respecte et apprend à se mettre à son écoute. La modernisation du personnage pour le rendre actuel passe par la découverte de pouvoirs magiques qu’il ne maîtrise pas encore et qui commencent par causer son malheur. Comme d’autres jeunes héros d’aujourd’hui, il forme une équipe avec des compagnons de rencontre et doit affronter des périls au cours de sa quête des origines. Des éléments qui ne pourront que séduire les jeunes lecteurs désireux d’approfondir la personnalité de ce magicien mythique. T.A. Barron prend son temps (et il en a puisque douze tomes sont prévus pour réinventer cette jeunesse), il donne beaucoup de détails, décrit et les lieux et les personnages pour leur donner une véritable identité. Certains passages sont donc plus descriptifs que d’autres qui mettent l’accent sur les péripéties. Cette alternance ne nuit pas au roman, mais pourra lasser les jeunes lecteurs qui privilégient l’action

 

Merlin – 1 : les années oubliées (The Lost Years of Merlin, 1996), Thomas Archibald Barron traduit de l’anglais (américain) par Agnès Piganiol, Nathan, janvier 2013, 359 pages, 15.50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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