Eva – Kike Maillo


Il ne fait pas de doute que le meilleur cinéma fantastique aujourd’hui est espagnol. On peut donc se demander si la science-fiction y est aussi insignifiante qu’ailleurs, aussi à la traine du géant américain. Mais sur quoi repose le succès de la science-fiction américaine ou à l’américaine ? Essentiellement sur l’image, les effets spéciaux ambitieux, maîtrisés, époustouflants. On en prend toujours plein la vue, le reste suit plus ou moins bien : si le contenu ne tient pas la route, si les acteurs sont mauvais, on aura au moins diverti nos sens.

Eva de Kike Maillo ne se mesure pas à l’aune du cinéma américain car il ne le copie pas. Il nous montre une société de demain tout à fait semblable à la nôtre, tellement semblable même qu’on dirait parfois plutôt les années 70 (les vêtements, les coiffures et même la musique : Space Oddity !). Mais enfin, des robots se mêlent aux humains (tout comme dans I, Robot que je regardais justement la semaine dernière, mais rien à voir).

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Ce sont Alex (Daniel Brühl) et son frère David qui sont à l’origine de ce progrès. Alex qui vient d’être sollicité par la Faculté de Robotique afin d’achever un prototype de robot sensible, de robot capable d’éprouver par lui-même des émotions. Alex retrouve donc son frère David et sa femme Lana (Marta Etura), qu’il a jadis aimée. Eva (Claudia Vega), leur fille s’attache à Alex et lui à elle. Il pense s’en inspirer pour caractériser son robot et lui fait passer des tests. Mais Alex est troublé par Lana, et on comprend que c’est à cause d’elle qu’il est parti dix ans auparavant sans terminer son projet.

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La société robotisée de Kike Maillo n’est visible que par petites touches. Par exemple, Alex se promène partout avec un robot chat qui a toutes les attitudes d’un vrai (sans les poils).  Autre progrès, Alex bénéficie de l’aide d’un robot majordome (Lluis Homar) qui ressemble à s’y méprendre à un homme. Sauf qu’il n’est jamais fatigué, jamais récalcitrant, toujours souriant et que le jeune ingénieur peut d’un mot régler son degré d’émotion suivant qu’il souhaite ou non un peu de chaleur « humaine ». Pour Alex, l’étape suivante est donc l’enfant robot, aussi espiègle, naïf, têtu qu’un vrai et dont Eva sera le modèle.

Et c’est bien d’émotions qu’il s’agit ici, rendues sensibles grâce à la simplicité efficace du jeu d’acteurs. Il ne faut bien sûr rien dévoiler de la révélation finale, que je n’ai pas vu venir, mais elle est vraiment étonnante et logique à la fois. C’est ce qui rend le film de Kike Maillo crédible dans les sentiments qu’il exprime et permet de parler de science-fiction intimiste.

Cette atmosphère est servie par une esthétique sobre et dont la froideur n’est due qu’à la neige omniprésente. Au quotidien familier des protagonistes ne se superpose que les quelques robots sus-cités et les formidables images représentant les « ingrédients » nécessaires à l’élaboration d’un robot : caractéristiques qui sont autant de formes lumineuses et flottantes dont l’ingénieur se saisit et qu’il modèle.

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Eva de Kike Maillo met discrètement en parallèle le savant et sa créature, le père et son enfant, interrogeant pour les reconstruire des modèles de parentalité plus en évolution que jamais. Les conséquences des avancées scientifiques, fruits du travail scientifique dépassent ce que les hommes sont prêts à pouvoir supporter émotionnellement. Dans un au-delà de l’humain où les frontières se brouillent, il ne peut y avoir que fausseté et souffrance.

Eva
Kike Maillo, 2012

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