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L’Eternel – Joann Sfar

Joann Sfar.jpgDans la course à la publication d’un premier roman, certains auteurs, ont plus de chance que d’autres. Ainsi, il n’est ici besoin que de quelques mots en quatrième de couverture pour allécher l’éventuel lecteur de L’Eternel : « Les vampires, ça n’existe pas. La psychanalyse, ça ne marche pas. On était vraiment faits pour se rencontrer. Le premier roman de Joann Sfar« .

Joann Sfar aime les vampires, les petits et les grands. Il adapte ses BD pour les écrans, petits et grands. Et adaptera lui-même L’Eternel en série télévisée. Ça ressemble à un succès programmé. Et ça me donne envie d’y aller voir même si je n’apprécie pas son graphisme bien particulier et que la vague vampirique est déjà passée de quelques mois, voire quelques années.

L’éternel de Joann Sfar a au moins une qualité : c’est un roman vampirique vraiment original. Avant lui, je n’avais jamais croisé de vampire juif, jamais. Là, Ionas Fuhrman est Juif avant d’être vampire, forcément, puisqu’il est d’abord vivant. Tout commence en 1917 alors que les Cosaques zaporogues, chers à Guillaume Apollinaire, affrontent l’armée allemande et que Ionas,  jeune officier de l’armée russe laisse la vie sur le front d’Ukraine. Tandis que son frère Caïn se planque puis part retrouver la promise de Ionas, Hiéléna. Ce queutard invétéré décide d’épouser la presque veuve, tandis que le mort se réveille avec la ferme intention de retrouver sa belle, sa douce, son aimée. Haydée, fille à soldats enceinte des oeuvres de Caïn, ressuscitera aussi, de même que sa soeur Mérij, celle-ci sous forme de mandragore.

Haydée et Ionas feront quelques dégâts parmi la population d’Odessa, par simple volonté d’être aimés. On les retrouve tous deux quatre-vingt-quinze ans plus tard à New York, toujours aussi vampires. Ionas y rencontre Rebecka Streisand, la psychanalyste de la quatrième de couverture, qui vient d’enterrer sa rock star de mari suicidé. Et si Rebecka aidait Ionas à retrouver son passé et celui qu’il était avant de mourir ? Ainsi mettrait-il peut-être fin à une longue errance et à une culpabilité maladive.

Difficile de demander à la littérature fantastique d’être rationnelle, ou logique. Mais enfin, il s’avère tout de même difficile de suivre une histoire aussi dispersée que celle-là. Le mélange de la tradition juive et du mythe vampirique déstabilise agréablement, mais le récit lui-même s’éparpille et traine parfois en longueur. Les premières scènes de bataille sont saisissantes et d’une vulgarité provocante. Mais ensuite, pour quelques scènes intéressantes à Odessa, beaucoup de tergiversations autour de Ionas qui va, ou pas, retrouver Hiéléna. L’humour compense un peu l’ennui qui pointe : Ionas qui mord ses victimes aux doigts de pieds pour ne pas laisser de traces, le rabbin qui l’affronte armé de sa seule mandarine. Mais pas de quoi rire à gorge déployée.

Seconde partie. Joann Sfar se lâche plus franchement, n’hésite pas à ressortir Lovecraft d’un placard (pas en vampire non, mais en très vieux prof de l’université Miskatonic d’Arkham). Le délire devient plus évident, voire même carrément foutraque avec loup-garou, créature amphibie et voyage dans le passé à travers Ionas devenu « vaisseau-vampire en vêtement pour dame ».

Joann Sfar réunit dans Ionas deux personnages mythiques qui ne peuvent mourir : le vampire et le Juif errant. Il n’arrêtera jamais ni de chercher un endroit pour vivre, ni de s’interroger sur la raison de sa présence au monde. Il est devenu celui que son peuple désigne comme l’Eternel, qui jamais ne meurt ni ne répond aux questions. Le rôle de la psychanalyse dans cette quête reste des plus flou ici tant Rebecka Streisand est un personnage improbable. Plus encore que l’absence de descriptions et de contexte, ce sont ces personnages absurdes et décousus qui m’ont contrariée, puis ennuyée. Ils sont tous très improbables et à part Lovecraft franchement barré, on ne sait que penser des autres.

Un premier essai qui ne marquera pas la littérature de genre…

 
L’Eternel, Joann Sfar, Albin Michel, avril 2013, 454 pages, 22€

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2 Comments

  • Petite Fleur

    Je te suis dans ton commentaire. Je n’ai retenue qu’une seule idée, celle de la banalité du mal. Et le personnage que j’ai certainement le plus apprécié est celui si improbable de Lovecraft complètement zinzin (ce qui lui va très bien). Pour le reste, à oublier.

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