Feed – Mira Grant


Mira Grant.jpg2014. Croyant vaincre le cancer, le rhume et le reste, Mira Grant imagine que des chercheurs lâchent sur le monde le virus Kellis Amberlee qui transforme les humains en zombies. Aussitôt mort, le cadavre revient à une forme de vie et s’en prend aux vivants. Le virus peut également être inoculé et tous les humains en sont porteurs à l’état latent. Tel est le contexte, l’origine de l’invasion zombie que l’auteur explique longuement plusieurs fois, à la différence de bien des romans du genre où aucune origine scientifique ou autre n’est avancée. C’est que Feed n’est pas à proprement parler un roman de zombies. Les morts-vivants sont ici un contexte, certes exceptionnellement dangereux, pour un roman centré sur le journalisme, et particulièrement celui de la blogosphère.

2040. Shaun et Georgia Mason, frère et soeur et héros de Mira Grant, animent le site d’information « Après la fin du monde », né après la catastrophe épidémique, alors que les médias traditionnels se montraient très peu réactifs. Les blogueurs eux collent à l’actualité, ils la vivent même en direct à l’image de Shaun, véritable tête brûlée qui n’hésite pas à affronter les zombies sur leur territoire pour un bon reportage. Shaun et Georgia sont choisis  pour suivre la campagne présidentielle du sénateur républicain Ryman qui apprécie à la fois leur indépendance et leur intégrité. Pour Georgia, narratrice de ce roman, c’est la consécration et elle a bien l’intention de faire péter la baraque, c’est-à-dire d’enregistrer des records d’audience. Georgia et ses blogueurs suréquipés suivent le sénateur à la trace, filment, écoutent, interrogent sans complaisance. Jusqu’au premier incident qui coûte la vie à un des membres du staff, puis un second qui touche personnellement le candidat puisque sa fille aînée meurt lors d’une mutation zombie inopinée dans son propre ranch. Il suffit d’une enquête sommaire pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’accidents mais d’assassinats organisés.

Il s’agit donc plus ici d’un roman sur la fabrique de l’information, sur le journalisme, que sur les zombies. Le contexte et l’état d’urgence mis en oeuvre par Mira Grant donnent de l’intensité à l’intrigue qui souffre par ailleurs de répétitions (combien de fois le fait que les mammifères de moins de vingt kilos ne sont pas touchés par le virus est-il mentionné ?) et d’une certaine naïveté. On se demande en effet bien pourquoi les blogueurs seraient des journalistes moins corrompus, plus indépendants que les autres… Naïve aussi la résolution de l’intrigue, à tel point qu’on devine le coupable dès sa première apparition.

Cependant, les personnages de Mira Grant sont vraiment fouillés, l’auteur leur octroyant un passé original : orphelins, ils ont été adoptés par un couple dont l’enfant est mort du virus et ont ainsi acquis une célébrité dont ils n’ont pu dès lors se départir. Tout ce qu’ils font est calculé en vue d’améliorer leur image de marque, y compris leurs relations avec leurs enfants adoptifs, toujours superficielles et calculées. Cette manipulation de l’émotion, cette soumission volontaire aux médias sont proprement effrayantes et constituent les aspect les plus intéressants du livre. Jusqu’où Georgia et son équipe sont-elles prêtes à aller pour améliorer leur audience, pour rester au top ?

Quelques longueurs et répétitions et une certaine naïveté sont les points négatifs de ce roman par ailleurs intéressant car n’utilisant les zombies que dans un contexte de survie extrême. Deux autres romans suivront, même si celui-ci se suffit à lui-même.

Feed (2010), Mira Grant traduit de l’anglais (américain) par Benoit Domis, Bragelonne, octobre 2012, 449 pages, 24€

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