Haggarth – Victor de la Fuente


Haggarth-2.jpgC’est grâce à la collection « Patrimoine » des éditions Casterman que l’amateur francophone peut enfin découvrir toutes les aventures que l’Espagnol Victor de la Fuente (1927-2010) a consacré au guerrier Haggarth. Deux volumes ont été publiés en 1978 et 1979 dans le magazine « A Suivre », un restait inédit et le quatrième inachevé. Pionnier de la BD d’heroïc fantasy, le sombre héros de de la Fuente revenu d’entre les morts méritait cette intégrale. Il fait en effet figure de précurseur parmi tous les guerriers solitaires et errant dans des univers ténébreux d’inspiration médiévale.

Le premier volume, « Le crâne aux trois serpents » s’ouvre sur Haggarth à la tête de guerriers tuna qui s’en prennent  à un monastère  de moines ghoistes. Ils veulent y récupérer une relique, le crâne aux trois serpents, objet maléfique destiné à provoquer la destruction pour les uns, symbole d’unité pour les autres.

Un vieux colporteur, Matu de Mosa, ramasse Haggarth mortellement blessé et un bûcheron aveuglé au cours de la bataille et les emmène voir la vieille Arnia qui vit dans une autre dimension du temps. Le guerrier meurt en arrivant chez la sorcière, qui ne peut rendre la vue au bûcheron. Mais elle lui propose de voir par les yeux du mort tout en lui promettant une vie de doutes et de tourments. Quand il se réveille, le jeune bûcheron porte le visage d’un ennemi, celui d’Haggarth le chef tuna.

Le Tuna chargé de rapporter la relique volée à son peuple après la mort d’Haggath se la fait voler en chemin par des monstres, commandés par Sombra, qui le laissent pour mort. Le nouveau Haggarth les prend en chasse. Il vainc Sombra et reçoit l’aide des moines (sous la forme d’une épée forgée par les dieux) pour lutter contre  Sombra, créature de l’enfer qui cherche à obtenir tous les pouvoirs (dont celui de dominer le temps) en s’appropriant la relique.

Les enjeux du second volume, « Le jeu d’échecs » sont nettement plus complexes. Certaines cases sont parfois étouffées par la densité du texte. C’est qu’Haggart n’est pas un simple guerrier qui tape sur tout ce qui bouge, il est aussi la proie d’interrogations sur sa nature profonde. Il se trouve pris dans des conflits politiques d’envergure entre les montagnards et le petit mais cruel roi de Thall qui s’acharne contre son peuple pour assurer sa domination. Il s’en prend aux montagnards qui cherchent à fuir. Matu de Mossa s’est allié à eux et demande son aide à Haggarth pour qu’il les conduise en territoire nisse. Mais tout le monde semble avoir besoin du guerrier qui doit trouver où mettre sa loyauté.

Les pérégrinations de Haggarth l’amènent dans le troisième volume (inédit en français) au coeur du bois sacré de Shau défendu par des Amazones, redoutables guerrières gardiennes de la pierre de kanthar. Elles font régner la terreur en châtrant les hommes de leur territoire. Malgré tout, certains téméraires se croyant plus malins s’aventurent sur leurs terres, comme Ethan le bouffon, ami d’Haggarth.

Haggarth-1.jpgPuis enfin, c’est « Vers d’autres contrées » que s'(in)achève cette intégrale, au pays des morts sans tête à la recherche de l’ambre vert aux pouvoirs infinis.

Le noir et blanc profond force d’emblée la comparaison avec d’autres maîtres de l’obscur comme Sergio Toppi, et bien sûr le Conan de John Buscema, son contemporain. Noir flamboyant, précision du trait et des contrastes : le dessin se fait aussi sombre que le scénario, quant à lui très traditionnel. Ce héros né d’un sortilège est en quête de vérité. Il erre dans un monde hostile, violent et ténébreux, combattant sans cesse, déjouant les manigances des puissants. Il tient du cow-boy solitaire, tout autant que de Conan et même d’Elric. Si le personnage d’Haggarth, schizophrène de son état, est original et aussi tourmenté qu’il se doit, les autres protagonistes et l’univers semblent classiques aux lecteurs d’aujourd’hui. Comme tout monument historique, il est à replacer dans son contexte, il y a trente-cinq ans.

Un ouvrage essentiel à tout amateur éclairé et à tous ceux qui souhaitent connaître l’histoire de la BD version heroïc fantasy.

 

Haggarth, Victor de la Fuente, Casterman, janvier 2013, 218 pages, 27€

.
.

Pour recevoir un mail à chaque nouvel article publié :

.

Une très belle réussite que cet ouvrage, sorte de roman-feuilleton à l'ancienne mode aux illustrations réjouissantes. On y apprend l'essentiel sur les croyances relatives aux loups et on suit une sacrée équipe d'enquêteurs tout droit sortis des films brumeux et horrifiques des temps jadis, mais pas pour autant révolus puisque…
2014. Croyant vaincre le cancer, le rhume et le reste, Mira Grant imagine que des chercheurs lâchent sur le monde le virus Kellis Amberlee qui transforme les humains en zombies. Aussitôt mort, le cadavre revient à une forme de vie et s'en prend aux vivants. Le virus peut également être…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *