Les portes de l’interdit – F.R. Tallis


Tallis.gifEn 1873 à Paris, le docteur Paul Clément, narrateur de ce roman, est l’élève du docteur Duchenne, pionnier des techniques de réanimation par électrisation : il a plusieurs fois fait revenir à la vie des patients qui venaient de décéder. Les deux hommes se passionnent pour le sujet, d’autant plus qu’une « ressuscitée » leur a relaté ce qu’elle avait vu entre sa mort et sa réanimation. Bientôt, espèrent-ils, ils seront en mesure d’apporter « la preuve scientifique de l’existence de l’âme et de sa survie après la mort physique ».

Mais interroger les malades survivant à la réanimation ne suffit bientôt plus à Paul Clément qui décide de tenter lui-même l’expérience : mourir, puis revenir. L’expérience tourne mal puisqu’au lieu de contempler un tunnel lumineux comme les autres, c’est aux enfers qu’il est précipité. Il en revient possédé. C’est que quelques temps avant, il s’est parjuré : lors d’un séjour aux Antilles, il avait juré au sorcier local de ne jamais parler d’une terrible scène de retour à la vie suivie d’un meurtre dont il avait été témoin, promesse qu’il n’a pas tenue.

Peu à peu, le corps et le comportement du jeune médecin changent : les fleurs fanent à son approche, ses ongles poussent et ses ardeurs sexuelles sont de plus en plus violentes. Thérèse Coubertin, sa maîtresse, en fait les frais. La jeune femme se montre d’abord enthousiaste, avant de perdre peu à peu sa vitalité. Quand son ami Edouard Bazile, carillonneur à Saint-Sulpice lui évite de peu le suicide dans la Seine, Paul décide de se faire exorciser.

Frank Tallis était jusqu’à présent connu de notre côté de la Manche pour ses romans viennois mettant en scène Max Liebermann. Il choisit la France et Paris pour sa veine fantastique et plus particulièrement l’ésotérisme en liaison avec les travaux fascinants de Charcot sur l’hystérie, l’hypnose et tout ce qui conduira aux recherches sur l’inconscient.

Très traditionnellement, Frank Tallis met en scène un scientifique en proie à l’inexplicable. Des phénomènes surnaturels mettent en doute les croyances les plus solides de cet esprit rationnel. Par ses travaux sur la réanimation, il croit pouvoir réconcilier science et religion, en prouvant l’existence d’une âme immortelle. Mais si âme immortelle il y a, qu’en est-il de Dieu ? Comment le Dieu bon et tout-puissant de son ami carillonneur peut-il laisser souffrir un jeune enfant innocente (comme ce sera le cas dans la seconde partie du roman) ? Interrogation récurrente qui n’a pas encore trouvé de réponse. De même, ce Paul Clément symbolise le scientifique ambitieux qui croit que son savoir lui donne tout les droits, lui permet de tout faire, que rien ne peut lui résister, pas même Dieu ou le Diable.

La trame et le propos sont donc classiques et le lecteur apprécie rapidement de s’installer dans un roman traditionnel, aux personnages maîtrisés et à l’ambiance fourmillant de détails réalistes. Là où l’auteur étonne le plus, c’est dans la violence de certaines descriptions qui touchent au genre du roman d’horreur : la scène aux enfers mais surtout celle de l’exorcisme qui coûte la vie au prêtre de façon très cruelle.

Les adeptes de possession et d’ésotérisme trouveront leur compte dans ce roman bien mené, de même que les lecteurs appréciant les romans « fin de siècle ».

La fiche bibliométrique de Frank Tallis

 

Les portes de l’interdit (The Forbidden, 2012), F.R. Tallis traduit de l’anglais par Eric Moreau, 10/18 (Grands Détective n°4629), janvier 2013, 381 pages, 10.20€

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