BD/Mangas

City Hall / 1 & 2 – Guerin & Lapeyre

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Dans un Londres rétro-futuriste où l’écriture est interdite, un monstre de papier sème la panique. Ce papercut a tué le ministre des Finances et personne à City Hall ne comprend d’où il vient. Pas même l’inspecteur chef Carlton Lester, une pointure dans son genre. C’est pourquoi le maire décide de faire appel à un cerveau supérieur : le grand Jules Verne, écrivain français et numérique à l’imagination débordante. Il arrive à Londres accompagné de son ami, Arthur Conan Doyle, « écrivain apprenti qui possède des talents de déduction inouïes » (sic). Le maire, contre l’avis de Lester, remet entre les mains du jeune écrivain l’arme ultime : une plume et du papier, très secrètement gardés. Il peut ainsi faire en sorte que ce qu’il écrit devienne réalité et affronter l’ennemi sur son propre terrain.

Dans ce décor qui ne manque pas de charme graphiquement parlant, l’action a pour cadre un futur plus ou moins lointain dans lequel l’écriture est bannie suite à « une guerre atroce » et à la destruction du stock mondial de papier. En effet, l’homme devenu démiurge grâce à sa création littéraire n’a su créer que guerres et conflits ; il a fallu l’empêcher d’écrire. Désormais, les papercuts sont donc une arme terrible : « robustes, puissants, ils n’ont pour seule limite que l’imagination et la capacité de réflexion de leur créateur« . Ce sont des marionnettes obéissantes et plus ou moins complexes selon le talent de leur créateur. La légende raconte même qu’il en existerait d’autonomes, personnages parfaitement semblables aux humains.

Le problème est d’envergure mondiale. C’est pourquoi le président Lincoln envoie à Londres Amelia Earhart, grande aventurière au service du Culper Ring, faire office de garde du corps des deux jeunes enquêteurs de l’étrange. Et elle a beaucoup à apprendre à ces deux blancs-becs qui croient tout savoir.

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Côté contexte, on apprend dans le tome 2 qu’on a affaire à une uchronie : l’usage du papier a été abandonné à la fin du XVIIe siècle  pour le réseau Steam-Net. Sauf que les illustrations du 1er tome ne sont pas celle d’une guerre du XVIIe, la divergence est encore plus ancienne. Mais malgré tout, Jules Verne vint… qui de fait ne devait pas avoir grand-chose à imaginer.

Copie-de-City-Hall-planche-2.jpgEn plus des personnages déjà nommés, apparaissent également Al Capone, George Orwell, Harry Houdini, Mary Shelley (ci-contre : étonnant, non ?)… Au fur et à mesure de ma lecture, je m’interrogeais : quel intérêt de réunir des célébrités qui n’ont pas vécu à la même époque et qui n’ont pas le caractère qu’ils avaient dans la vie, pour peu qu’on en sache ? Faire fi de la chronologie, soit, mais pourquoi convoquer des personnalités aussi célèbres pour en faire des personnages certes débordants de dynamisme mais à la limite de l’hystérie ? L’ambiance est très juvénile, ça doit être pour ça que je ne m’y retrouve pas : bonnes blagues entre jeunes héros, un brin de drague, scènes de combats et de destruction massive dans les rues de Londres. L’intrigue policière de départ (les Gentils Jeunes Détectives contre le Grand Méchant) est largement débordée par un trop plein d’idées qui ne va pas dans le sens de la cohérence.

J’ai cru à un moment voir pointer une métaphore sur le pouvoir de l’écriture, la puissance créatrice qui se fait destructrice… mais non.

Le graphisme est très réussi, tonique, précis, même quand ça commence à chauffer. Certaines expressions et postures sont typiques du manga et bien maîtrisées, même si parfois un peu trop ce qui fait qu’on n’échappe encore pas à l’aventurière aux gros seins débordants moulée dans son jean. Le mélange Londres début de siècle (Big Ben, hauts-de-forme, voitures pétaradantes…) et technologie avancée confère à ces deux volumes une ambiance steampunk réussie.

En bonus, de nombreux illustrateurs ont dessiné quelques-uns des personnages de City Hall selon leur propre graphisme, ce qui donne une déclinaison sympathique.

Un tome reste à paraître au printemps prochain pour clore la série.

Le blog de la série

City Hall, Rémi Guérin (scénario), Guillaume Lapeyre (dessin), Ankama, juin et octobre 2012, 7.95€ pièce

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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