Jeunesse

Magies secrètes – Hervé Jubert

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Le Pré aux Clercs inaugure une collection de fantasy Young Adults (on n’en manquait, ça tombe bien…) avec trois titres dont un d’Hervé Jubert que je choisis bien sûr. Je ne suis pas déçue car Magies secrètes c’est du Jubert pur jus, c’est-à-dire un univers original, inventif, des personnages bien campés et une intrigue qui foisonne (un peu beaucoup d’ailleurs, soyez attentifs).

Un univers XIXe siècle et urbain, comme il se doit, tellement référencé qu’on pourrait invoquer un Second Empire version féérique, mâtiné de steampunk. Ne cherchons cependant pas à définir car le mélange des genres fait le charme et l’intérêt du roman. Jubert invente un nouveau détective de l’étrange, rien moins que Georges Hercule Bélisaire Beauregard, ça en impose, mais pourtant, c’est un enfant trouvé. Le jeune homme, la vingtaine, est ingénieur-mage au service du ministère des Affaires étranges, chargé de réparer les dégâts causés par le progrès à la Féérie. Car oui, tout allait bien à Sequana avant l’arrivée au pouvoir d’un certain Napoléon III Obéron III qui avec l’aide de son baron Haussmann Hoffmann décide de grands travaux en vue officiellement d’assainir la capitale. Rien ne va plus chez les féériques et l’hôtel Beauregard, qui accueille les sans-domicile féériques, ne désemplit plus. Beauregard découvre même la jeune Jeanne, au bord d’un puits, et fait d’elle son apprentie. 

Plusieurs intrigues se nouent dès lors, pas toujours clairement à mes yeux, mais dans une ambiance qui fait oublier le fouillis narratif. Toujours est-il que Beauregard cherche qui a pu enlever le neveu d’Obéron III et quelle entité maléfique sème la panique en féérie, figeant les tableaux vivants, usurpant les identités au point de s’approprier des visages. Car tout est masque en Féérie. Beauregard lui-même ne sait pas qui il est et s’étonne de se mettre à rêver pour la première fois.

Ce que j’apprécie particulièrement, c’est le fourmillement de références littéraires, artistiques, historiques, toutes adaptées à l’univers mis en place mais largement reconnaissables. J’ai par exemple beaucoup apprécié l’utilisation du mystère entourant la mort de Gérard de Nerval.
Jubert va encore plus loin dans cet opus en utilisant abondamment les notes de bas de page. Celles-ci sont censées expliquer une allusion or ici, par un procédé réjouissant et humoristique, elles ajoutent en cocasserie et en loufoquerie par des évocations tout à fait sibyllines pour la plupart. Par l’accumulation de petits détails et d’anecdotes, elles permettent aussi de donner vie à Sequana.

C’est réjouissant, pétillant, débordant : j’en reprends !

Grand Prix de l’Imaginaire 2013, catégorie roman jeunesse francophone

Hervé Jubert sur Mes Imaginaires.

 

Magies secrètes, Hervé Jubert, Le Pré aux Clercs (Pandore), novembre 2012, 327 pages, 16€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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