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L’étrange créature du lac noir – Jack Arnold

Une fois par an, malheureusement en décembre, a lieu dans ma ville un festival du film. L’occasion de voir des choses inhabituelles, originales. Je n’ai cependant pas pris beaucoup de risques cette année en misant sur une projection en musique (version ciné-concert live) d’un standard du genre SF : « Le voyage fantastique » de Richard Fleischer et une projection sur grand écran, en 3D et en v.o. de « L’étrange créature du lac noir ». La salle du ciné était pleine, ils ont dû refuser des gens, si ça pouvait les inciter à nous proposer autre chose que des comédies françaises ou des blockbusters américains en v.f., ça serait vraiment bien…

Au fin fond de la forêt amazonienne, un scientifique découvre une main monstrueuse fossilisée. Il met en place une équipe de chercheurs pour en découvrir l’origine. Parmi eux le très ambitieux Mark Lawrence (Richard Denning), qui cherche à faire la découverte du siècle, coûte que coûte, David Reed (Richard Carlson, le gentil de l’histoire) et Kay (Julia Adams), sa fiancée, la femme du groupe. Arrivée sur place, l’équipe découvre que les indigènes restés au camp ont été massacrés et que pour poursuivre leurs investigations, ils vont devoir remonter le fleuve jusqu’à un lagon en amont. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’ils sont surveillés par une créature dont le spectateur n’aperçoit successivement que les mains, les pieds, puis fugitivement, le corps indéniablement anthropomorphe mais recouvert d’écailles (chaque apparition étant ponctuée par une musique terriblement démonstrative). Serait-elle le dernier spécimen d’une espèce qui jaillit jadis de l’élément liquide primordial ?

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Le fil rouge du film est donc la recherche scientifique, c’est elle qui motive ces explorateurs. Mais il est clair dès le début que l’ambition personnelle est aussi un élément important pour certains d’entre eux qui désirent marquer leur époque. Ainsi Mark Lawrence fait figure de savant sans scrupule, celui qui est prêt à tuer la créature pourvu de ramener la preuve qu’elle existe et qu’il l’a découverte.

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Derrière le scientifique sans scrupule, on découvre le monstre bien plus humain qu’il n’y parait. C’était par exemple déjà le cas dans « King Kong », qu’on ne peut s’empêcher d’évoquer à la vue de « L’Étrange créature du lac noir ». Car la créature s’intéresse à la belle Kay, légèrement vêtue, il batifole avec elle (mais à son insu) dans le lac,  et finira par l’enlever, le coin manquant cruellement de femelles, c’est un fait. L’enlèvement ne fait pas pour autant de la créature un psychopathe tant il est évident que Jack Arnold porte sur elle un oeil bienveillant. On est ici dans un schéma de type « La Belle et la Bête », même si rien ne finit bien pour cette Bête-là.

Au final, au-delà du film d’épouvante qui aujourd’hui n’effraie plus personne, la critique est évidente : partout où il met les pieds, l’homme tue, pille et dégrade. Ce que la Nature a su préserver pendant des milliers voire des millions d’années, l’homme sous couvert de civilisation ou de science, le détruit. Et encore une fois, le monstre fait preuve de plus d’humanité que l’être humain. Mais l’homme, ici l’être humain de type masculin, n’est pas prêt à laisser émerger une entité animale susceptible de devenir un rival sexuel. Le ballet aquatique entre Kay et la créature souligne une évidente harmonie érotique. L’être écailleux amphibien (on pense à la grenouille, au serpent tentateur) s’avère dangereux parce que désirable : il faut l’éliminer.

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Il y a donc de quoi plonger, et sans hésitation, dans cette 3D (jadis en relief) qui donne à voir le meilleur d’hier.

L’étrange créature du lac noir
Jack Arnold, 1954

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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