Jeunesse

Nox – 1 / Yves Grevet

Grevet.jpgNox ? C’est presque la nuit, une sorte de brouillard de pollution qui recouvre la ville basse et la plonge dans l’obscurité. Plus on s’enfonce dans la vallée, plus on est pauvre et plus il fait nuit. C’est la misère, ou peut s’en faut, les gens sont obligés de pédaler pour se fournir en électricité. Pas de révolte pourtant, puisque que les habitants de la ville basse n’ont jamais connu autre chose, ne savent même pas qu’une autre vie est possible. Lucen va le découvrir grâce à Ludmilla.
Lucen a dix-sept ans, il doit donc bientôt se marier. Pour lui, le choix est simple puisqu’il aime Firmie depuis longtemps et qu’il est aimé en retour. Mais voilà, Firmie ne veut pas passer le test prouvant qu’ils sont compatibles et qu’ils pourront avoir des enfants : elle ne veut pas coucher avec Lucen, tout simplement parce que c’est obligatoire. Les parents de Lucen qui n’aiment pas cette jeune fille trop rebelle à leurs yeux en profitent pour lui chercher une autre femme.
Ludmilla a aussi dix-sept. Elle vit dans la ville haute. Son père qu’elle voit rarement décide un jour de congédier Martha, la gouvernante qui tient lieu de mère à la jeune fille depuis qu’enfant, elle a perdu la sienne. Mais le père avait interdit à Martha et à Ludmilla tout sentiment, qu’elles avaient donc dû cacher. C’est donc aussi en secret que Ludmilla cherche à en savoir plus sur sa gouvernante, issue de la ville basse où elle est retournée après son renvoi. C’était la condamner car elle était déjà très malade des bronches. Avec la complicité d’un camelot ami de Martha, Ludmilla entre en contact avec Lucen et fait en sorte d’obtenir de lui des renseignements. De lui et de son ami Gerges.
Gerges, ami d’enfance de Lucen, est le fils d’un milicien radical, un de ceux qui militent dans le camp des caspistes (CASP pour « Chacun A Sa Place ») racistes et violents en lutte contre ceux qui veulent remettre en cause la séparation entre riches et pauvres. Quant à Jea, autre ami d’enfance de Lucen et Gerges, son père est coiviste (pour Chacun Où Il Veut). L’amitié des trois garçons qui entrent dans l’âge adulte et doivent faire des choix va être mise à mal par les événements violents qui vont se dérouler dans la ville basse.

L’ambiance oppressante de cette ville basse prend le lecteur d’emblée et s’impose comme un décor de film noir à peine futuriste. Yves Grevet parvient très bien à mettre en place l’étouffement ressenti par les habitants mais aussi et surtout les tensions sociales qui s’aiguisent entre les amis et au sein des familles. L’organisation politique de la ville basse se dessine peu à peu, elle est rigide et implacable, vouée à la violence sous la coupe d’une milice qui fait frémir. A la différence des dystopies à l’américaine, l’auteur ne donne pas dans la niaiserie sentimentale, ses personnages sont mûrs, presque trop parfois en raison de leurs difficiles conditions de vie. Chacun prend peu à peu conscience qu’on lui a menti et qu’il ne doit pas se laisser imposer une place dans la société.
Le point gênant à mes yeux réside dans l’alternance étrange des points de vue. Trois voix, Lucen, Gerges et Ludmilla, dont une seule pour la ville haute, protégée. Les trois jeunes gens prennent la parole tour à tour, on ne tarde pas à reconnaître qui parle, par contre, ils reviennent parfois sur des événements qui viennent d’être racontés par un autre, c’est étrange et n’apporte pas forcément quelque chose à l’histoire. Certes, un même fait est ainsi vu de différents points de vue, mais c’est assez inutile d’un point de vue narratif.

Bien des interrogations demeurent à l’issue de ce premier volume qui laisse augurer du meilleur pour la suite.

 

Nox – 1 : Ici-bas, Yves Grevet, Syros, octobre 2012, 417 pages, 16.90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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