Jeunesse

Sous le signe du Scorpion – Maggie Stiefvater

Stiefvater.jpgSous le signe du Scorpion est un roman jeunesse qui m’a enthousiasmée en raison de son originalité. En ces temps de zombies dystopiques, alors que les héros ont peine à se renouveler, c’est du côté de Black Moon que vient la différence. Moi qui pensais justement que cette collection publiait toujours le même livre…

Sean Kendrick et Puck Connolly prennent alternativement la parole. Ils vivent sur l’île de Thisby, qui ressemble beaucoup à l’Irlande. Sauf que régulièrement, en octobre, des chevaux sortent des flots, les « capaill uisce ». Ce sont des bêtes dangereuses, carnivores, anthropophages si l’occasion se présente. Depuis des générations, les habitants de Thisby cherchent à les domestiquer, avec plus ou moins de réussite, certains y laissant leur vie. Sean a perdu son père à cause d’eux et est désormais employé par Benjamin Malvern, l’homme le plus riche de l’île, propriétaire de chevaux. Puck aussi a perdu ses parents à cause de ces chevaux, elle vit désormais avec ses deux frères.

Gabe, le frère aîné de Puck déclare un jour qu’il va quitter l’île qu’il ne supporte plus : il veut tenter sa chance loin de cette misère, ce qui implique d’abandonner son frère et sa soeur. Puck décide alors de participer aux courses des fêtes du Scorpion qui ont lieu tous les ans le 1er novembre et sont très meurtrières. Si elle gagne, elle espère que son frère ne partira pas et qu’elle pourra payer ses dettes à Benjamin Malvern qui les menace d’expulsion. Mais jamais une femme n’y a participé et elle devra affronter, entre autres, Sean, qui a déjà gagné la course quatre fois sur Corr, son capall uisce. Elle, elle n’a que Dove, sa petite jument tant aimée.

Sean est lui aussi très motivé pour cette course car il parvient enfin à convaincre Malvern de lui vendre Corr s’il gagne. Sean est un jeune homme taciturne et droit, qui encaisse tant bien que mal les sarcasmes de Mutt, le fils du patron qui jalouse ses talents avec les chevaux, notamment avec les capaill uisce. Mutt est prêt à tout pour empêcher Sean de gagner.

La course en elle-même ne concerne que les quelques dernières pages du roman. Tout le reste, soit plus de quatre cents pages, s’intéresse aux préparatifs, et surtout aux motivations des deux jeunes gens (qui vont tomber amoureux sans que cela tombe le moins du monde dans la nigauderie). Maggie Stiefvater construit finement leurs personnalités, sans exagération et en nuance, au pinceau plutôt qu’à la truelle. Nous sommes donc clairement dans un roman psychologique à l’ambiance très soignée.

A l’épaisseur des personnages s’ajoute l’originalité du cadre. Cette île de Thisby est elle aussi un personnage de Sous le signe du Scorpion. Bien plus qu’un lieu, c’est une identité qui marque et forge les habitants, une contrée sauvage, un dernier refuge d’animalité pour les monstres qui sortent de l’eau et que les gens ne cherchent pas à exterminer. Au contraire, ils cherchent à vivre avec eux quand c’est possible, en les domestiquant. Ils vivent sous leur terrible fascination, passant une année à préparer ces meurtrières fêtes du Scorpion. Les habitants font eux-mêmes partie de la légende des capaill uisce qui n’existeraient pas sans eux ; et les habitants ne pourraient survivre sans les courses qui attirent les touristes.

Le scorpion est un signe du zodiaque, connu pour sa combativité, il incarne la mort et le sexe. Ici dominent la ténacité et la pulsion de vie qui poussent Sean et Puck au-delà de leurs limites. Les deux jeunes gens ne luttent pas contre le monde, ne le fuient pas non plus, ils le prennent en main pour le comprendre et vivre  avec. C’est une bien belle légende

Grand Prix de l’Imaginaire 2013, catégorie roman jeunesse étranger

Sous le signe du scorpion, Maggie Stiefvater traduite de l’anglais (américain) par Camille Croqueloup, Hachette Jeunesse (Black Moon), juin 2012, 477 pages, 18€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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