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La Colline a des yeux – Wes Craven

La-Colline-a-des-yeux-1.jpgPartie rejoindre la Californie, une famille (six adultes et un bébé) est contrainte de s’arrêter au milieu de nulle part, sur une zone d’essais de l’aviation américaine. Autour s’étend le désert, mais il y a cependant certains habitants alentours pas franchement accueillants. Les membres de la famille se séparent : le père, un ancien de la police, retourne à pied à la station service où ils ont fait halte quelques temps plutôt ; le gendre part cherche du renfort plus loin sur la route ; les femmes restent à la caravane avec le fils, le bébé et deux bergers allemands.

BerrymanPremière impressions : le film date clairement des années 70 : coiffures, vêtements,  grain épais, police typographique vieillotte du générique, situations et personnages stéréotypés. Deuxième impression : on est clairement dans une ambiance à la Lovecraft dès les premiers plans. La station service abandonnée, la jeune fille qui vit comme un animal puis le vieux qui raconte l’origine de l’histoire : dans les années 30, sa femme a mis au monde un monstre, un être difforme et dégénéré, exactement comme ceux qu’on trouve dans les nouvelles du solitaire de Providence. Il a jadis trouvé refuge dans les montagnes et pris compagne, engendrant une tribu d’enfants sauvages et sanguinaires devenus adultes (dont Pluto, Michael Berryman, ci-contre). C’est à ces fous furieux que la tranquille petite famille se trouve confrontée.

« La Colline a des yeux » est un film esthétiquement daté. La famille des collines vit dans une grotte, mange du chien et à l’occasion de la chair humaine, se vêt de peaux de bêtes et de plumes. Ils sont tous proches de l’homme préhistorique, vivant sur leurs instincts (sauf la fille de la famille, car c’est bien connu, c’est par la femme que l’homme se civilise…). Ils sont montrés comme sanguinaires mais au-delà, leur accoutrement et leurs réactions primaires les font passer pour ridicules. Ils ne sont clairement pas les héros de l’affaire et pourtant, ils sont un point de vue intéressant sur l’Amérique.

Ces êtres attardés n’ont pas de place dans la société américaine des années 70 symbolisée par la famille proprette et unie qui part à trois générations en vacances, boit du Coca et trimballe de gros flingues. Les dégénérés ont pourtant trouvé une place en marge, une place dont personne ne veut, en plein désert là où l’armée se livre à des essais qui ont rendu l’endroit inhabitable. C’est la lutte de l’ordre social contre un état de nature au sens primaire (adieu le bon sauvage !). C’est aussi, la légitimité de l’arme à feu pour se défendre et la primauté de la cellule familiale ordonnée. Car au final, même si elle y laisse des plumes (des membres en fait), c’est la gentille famille qui a le dernier mot.

Cependant force est de constater que c’est grâce à la violence la plus primaire que trois des personnages (plus le bébé) s’en sortent. Leurs armes ne leur sont guère utiles, c’est en s’affrontant physiquement, en se frappant et se mutilant que les gentils Américains civilisés évitent la mort. Face à la bestialité il n’est donc rien de plus efficace que la bestialité. En bref, la civilisation ne vaut rien en cas de crise, ce genre de films (survival), le montre bien.

Wes Craven donna deux suites à ce film : « La Colline a des yeux 2 » en 1979, puis en 1995 « La Colline a des yeux 3 ». En 2006, Alexandre Aja réalise le remake du premier film : « La Colline a des yeux » puis en 2007, Martin Weisz celui du deuxième : « La Colline a des yeux 2 ».

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La colline a des yeux
Wes Craven, 1977

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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