Adultes

Les rivières de Londres de Ben Aaronovitch

Les rivières de londresLa fantasy, ça peut être ennuyeux parfois : des heures penché avec un personnage sur son grimoire, d’autres perdues en de vaines tentatives pour jeter un sort ou échapper au méchant sorcier : ça vous décourage un lecteur. Ici rien de tout ça. Ben Aaronovitch est scénariste pour la télévision, en particulier pour la série Doctor Who, il a donc intérêt à n’endormir personne. L’action est au rendez-vous, l’humour aussi, alors place au divertissement. Let’s get started !

Peter Grant achève son apprentissage au sein de la Police Métropolitaine de Londres et va donc connaître son affectation définitive. Tout ce qu’il veut, c’est échapper à un boulot de paperasse du style Office des Affaires en Cours, qui lui pend au nez. Il veut de l’action, pourquoi pas la Crim’ comme Lesley, sa camarade de stage… Grâce à sa rencontre subreptice avec un fantôme lors d’une froide nuit d’hiver, c’est au service du mystérieux inspecteur Nightingale qu’il est affecté. Or, celui-ci est LE magicien des services de police londoniens (même si on fait ce qu’on peut en haut lieu pour dissimuler son existence et celle de la magie) et en gros l’homme qui va changer la vie de Peter.

Là, le lecteur se dit que c’est une version adulte, moderne et urbaine du classique roman de fantasy : un gosse de douze ans découvre qu’il a des pouvoirs et va devoir apprendre à les maîtriser pour sauver le monde (ou au moins le sien). Et pas de doute, c’est bien ça, sauf que la modernisation et l’humour permettent d’éviter clichés et caricatures (et que la magie ne sert que dans le contexte de l’enquête). Mais pas les références tant historiques que littéraires ou audiovisuelles, car le roman n’en manque pas (l’intrigue repose sur « Punch & Judy » deux marionnettes très célèbres, actionnées par un ‘professor’). On se promène au coeur de Londres aujourd’hui (Covent Garden) comme si on y était, on passe même devant Forbidden Planet (179 Shaftesbury Avenue), c’est formidable. Le narrateur peste sans cesse contre les embouteillages, décrit les pubs et le métro avec réalisme et sur un ton facétieux qui emporte l’adhésion. Le lecteur est donc proche de Peter qui n’est pas orphelin aux origines pleines de promesses : son père est un joueur de jazz drogué et sa mère femme de ménage originaire de Sierra Leone

Il faut dire que l’auteur ne ménage pas son héros, qui est aussi le narrateur : Peter Grant n’est pas franchement maladroit, mais ça n’est pas Einstein non plus. D’ailleurs il est Black, ce qui est tout de même original dans le monde de la magie : un magicien qui est à la fois noir et flic, il fallait l’inventer.

« A un moment ou à un autre, la plupart des membres de ma famille maternelle avaient fait le ménage dans des immeubles professionnels pour gagner leur vie. Nettoyer des bureaux a commencé à faire partie de la culture d’une certaine génération d’immigrés africains, au même titre que la circoncision et le fait d’être supporter d’Arsenal. Ma mère l’avait fait et je l’avais souvent accompagnée pour réaliser des économies de baby-sitter. Lorsqu’une maman africaine emmène son fils au boulot, elle attend de lui qu’il travaille ; j’ai donc rapidement appris à me servir d’un balai et d’un chiffon pour les vitres. »

Côté enquête, puisque c’est aussi d’un roman policier qu’il s’agit, Grant et Nightingale sont sur les traces d’une créature qui prend possession d’êtres humains, les forçant à faire ce qu’elle veut, en particulier tuer des gens. Peter Grant s’interroge beaucoup sur le comment de la magie : comment est-elle possible, quelles forces entrent en action, d’où provient l’énergie nécessaire ? C’est un scientifique dans l’âme, pris dans un monde irrationnel qu’il peine à maîtriser. Il n’est pas très bon dragueur non plus, manque de confiance en lui, et n’arrive pas à mettre sa jolie collègue Lesley dans son lit. Aura-t-il plus de chance avec Berverley, fille de Mère Tamise, esprit du lieu de son état ? Pas certain, ces gens-là ont leurs lois et surtout leurs conflits ancestraux qui dépassent de loin l’entendement d’un simple flic doublé d’un magicien débutant.

Une bonne surprise donc que ce roman policier de fantasy urbaine avec juste ce qu’il faut de bizarre et d’humour et un contexte so british qui emporte l’adhésion.

Ben Aaronovitch sur Mes Imaginaires

 

Le Dernier apprenti sorcier  – 1 : les rivières de Londres (Rivers of London, 2010), Ben Aaronovitch traduit de l’anglais par Benoît Domis, J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), février 2012, 379 pages, 18,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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