Black-Out – Connie Willis


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Black-Out est le premier tome d’une série intitulée Blitz qui doit en compter deux. Pour s’immerger dans ces six cent cinquante pages, le lecteur devra au moins apprécier l’Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale en particulier, et accessoirement la science-fiction. Oui, accessoirement, car elle n’est ici que prétexte à servir une intrigue riche de nombreuses qualités, et même de quelques longueurs.

Nous sommes en 2060 alors qu’à Oxford s’organisent des voyages dans le temps. Le grand saut est désormais possible, mais nous ne saurons rien de sa mise en place, et très peu sur son fonctionnement. Ce sont les historiens que nous suivons, des jeunes gens qui travaillent sur une période donnée et réalisent le rêve de pouvoir la visiter. En avril 2060, plusieurs d’entre eux se préparent à partir pour différentes périodes des débuts de la Seconde Guerre mondiale en Angleterre, ce qu’on a appelé le Blitz.

Michael Davis qui étudie l’héroïsme est envoyé à Douvres en mai 1940 alors que les soldats britanniques sont rapatriés de Dunkerque ; Polly Churchill rejoint Londres en septembre de la même année afin d’observer la vie dans les abris pendant les bombardements ; quant à Merope, c’est dans la campagne anglaise qu’elle va passer quelques temps à s’occuper d’enfants évacués au début de la guerre. Mary elle est envoyée en juin 1944 pour observer le comportement des populations face aux frappes des V1.

Et les choses ne se passent pas comme prévu. Les circonstances empêchent les trois jeunes gens envoyés au début de la guerre de retrouver leur fenêtre de saut pour rentrer. Le manoir où vit Merope est placé sous quarantaine pour cause d’épidémie de rougeole, Polly est empêchée par les bombardements et Michael blessé et envoyé inconscient à l’hôpital. Non sans avoir constaté qu’il n’a pas été envoyé à l’endroit ni au moment exactement prévus. Il comprendra ensuite que son intervention héroïque lors de l’évacuation de Dunkerque a pu changer le cours de l’Histoire : plus de cinq cents personnes sauvées grâce à lui… Or bien sûr, les historiens ne sont pas censés intervenir ni modifier les événements. Sans que l’on sache pourquoi, les lois du voyage temporel  les en empêchent. Mais il semble que cette belle organisation ait des problèmes : certaines indications données sur les bombardements ne sont par exemple pas rigoureusement exactes. Et nos trois jeunes gens désespèrent : aucune équipe d’intervention pour les ramener en 2060 ne pointe son nez, aucune fenêtre de saut ne s’ouvre…

Voilà un roman tout à fait passionnant, très documenté sur les Britanniques pendant la guerre : comment ont-ils vécu, comment ont-ils tenu, à quoi ressemblait la vie dans les abris (où les Londoniens passaient quasi toutes leurs nuits), comment s’est organisée l’évacuation des petits citadins à la campagne, quel fut leur quotidien… Et surtout : comment n’ont-ils pas tous cédé à l’angoisse et gardé  humour et espoir. Ce livre est presque un hymne à l’esprit de résistance britannique (écrit par une américaine…).Il donne à voir la vie de l’arrière et des civils dans les moindres détails quotidiens, jusque dans les plus petits actes de dévouements et d’héroïsme, celui des petits gens. Et c’est cette attention aux détails qui rend toutes ces scènes si vivantes et réalistes.

Les trois personnages offrent une alternance qui dynamise le roman et permet au lecteur d’embrasser la période depuis des points de vue très différents et complémentaires. Ainsi l’auteur croise-t-elle plusieurs événements quasi contemporains, proposant une grande variété de personnages, de sensibilités, de préoccupations.

L’amateur de science-fiction ne s’y retrouvera peut-être pas, mais l’amateur d’Histoire sera aux anges.

 

Blitz – 1 : Black-Out (Blackout, 2010), Connie Willis traduite de l’anglais (américain) par Joëlle Wintrebert, Bragelonne (Bragelonne SF), août 2012, 665 pages, 25€

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