L’alliage de la justice – Brandon Sanderson


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Quand on crée un monde de fantasy cohérent et original, quand en plus cet univers rencontre le succès, pas de raison de ne pas en tirer profit au-delà d’une trilogie. C’est pourquoi on nous propose de plus en plus de trilogies en quatre ou cinq tomes, sans compter les préquelles. Comme Robin Hobb qui a plus subtilement rentabilisé ses univers, Brandon Sanderson choisit de prolonger le cycle des Fils-des-Brumes en le transportant dans une période moderne, disons les débuts de l’industrialisation, et un espace urbain. Fantasy urbaine donc, avec machines à vapeur et prémisses électriques, et bien sûr magiciens, qui portent ici les noms d’allomanciens et de ferrochimistes.

Wax Ladrian a quitté les Rocaille où il était garde-loi pour la capitale, Elendel. Il est devenu lord Waxillium, en raison du décès de son oncle, dernier lord du nom et exécrable gestionnaire. La maison Ladrian est au bord de la faillite, et Wax doit impérativement redresser les finances. Ce qui passe par un mariage arrangé. La prétendante est donc riche et laide, et entend bien redorer le blason de sa famille grâce à une alliance avec la prestigieuse maison Ladrian. Il va falloir aussi que Wax abandonne ses manières de rustre des Rocailles et son goût pour l’aventure. Dernières conditions bien plus difficiles que d’épouser un laideron autoritaire.

Car de mystérieuses disparitions retiennent toute l’attention de Wax : des trains sont arrêtés dans la nuit et leur marchandise volée par ceux qu’on appelle déjà les « Subtilisateurs ». Des femmes sont même prises en otages, toutes allomanciennes, sans qu’on ait de leurs nouvelles. Quand c’est Steris elle-même, la future fiancée de Wax qui est enlevée, celui-ci n’a plus qu’à passer à l’action, aidé de son ami Wayne et de Marasi, charmante cousine de la promise…

Brandon Sanderson a le sens de l’action, de l’humour et de la répartie. L’intrigue démarre vite, le lecteur est pris et par l’action et par les soucis personnels de lord Waxillium. L’humour fonctionne essentiellement sur les rapports entre Wax et Wayne qui passent leur temps à se chambrer, surtout au plus fort de l’action. Pas grand-chose à redire : ce livre ne pourra que plaire si on s’attache principalement à ces aspects du roman.

Par contre, j’ai eu beaucoup de difficulté à entrer dans la magie imaginée par Sanderson. Quand on lit beaucoup de littératures de l’Imaginaire, on est bien sûr habitué à suspendre son incrédulité : les E.T. qui débarquent, la fin du monde pour demain, mon voisin est un elfe et mon amant un vampire, je passe mes vacances sur Mars…etc. (oui, ma vie est passionnante). Le problème ici c’est que je suis restée totalement en dehors des inventions très élaborées de Sanderson. Je passe les détails chimiques complexes et plombants pour leur résultat que j’ai trouvé tout simplement ridicule : ce Wax ressemble à un Popeye qui carburerait à l’acier, mâtiné d’un Spiderman s’envolant au-dessus des buildings. Son ami Wayne crée des bulles de rapidité tout aussi improbables. Ce qui donne lieu en plein milieu de scènes d’action à des descriptions aussi lourdes qu’inutiles parce que de toute façon, on ne visualise pas ce qui se passe :

« Waxillium visa un arbre en approchant et tira, puis relâcha le train et se rendit le plus léger possible. Il se laissa emporter en arrière par le vent et, lorsque l’arbre défila à toute allure, il exerça une Poussée sur la balle logée dans l’écorce afin de se retrouver projeté sur le côté, entre deux wagons. »

« Levant son fusil, il tira une salve concentrée de plomb dans le plafond. Puis il y exerça une vive Poussée, qui ne le déplaça guère en raison de son poids accru – de la même manière, lorsqu’il était plus léger, une Poussée l’affectait plus nettement.
En conséquence, il poursuivit son mouvement vers le haut – mais sa Poussée creusa un trou dans le plafond. Il se rendit incroyablement léger et poussa plus vigoureusement sur les clous du plancher. Ils s’élevèrent tous les deux à travers le trou qu’il avait creusé, propulsés à une quinzaine de mètres dans les airs. »

Les brassards métalliques en guise de cerveaux supplémentaires, les bulles d’accélération ou de ralentissement du temps : j’ai trouvé ça juste ridicule, beaucoup trop théorisé, pseudo-scientifique et maladroitement exposé. Séduite par l’intrigue, l’humour et les personnages, je suis donc aussi déçue par l’univers imaginé.

Brandon Sanderson sur Mes Imaginaires

L’alliage de la justice : une histoire des Fils-des-Brumes (The Alloy of Law, 2011), Brandon Sanderson traduit de l’anglais (américain) par Mélanie Fazi, Calmann-Lévy (Orbit), avril 2012, 303 pages, 19.90€

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