Le prince écorché – Mark Lawrence


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« But these days are gone… ». Oui, il est bien fini le temps de l’innocence, celui de l’enfance du prince Jorg, héritier du trône d’Ancrath, un des nombreux petits royaumes de l’Empire. Un jour qu’il avait neuf ans, sa mère et son petit frère ont été assassinés par les hommes du comte Renar. Il aurait dû être au nombre des victimes, mais éjecté du véhicule dans lequel tous voyageaient, il s’est retrouvé prisonnier de la bruyère-aiguillon qui le protégea tout en le lacérant profondément, faisant de lui, le prince écorché. Il a juré de se venger. Du comte Renar, pas de la bruyère…

Quand le lecteur fait connaissance avec Jorg, il a treize ans, à peine quatorze et est devenu le chef d’une bande de mercenaires des plus sanguinaires. Lui-même est sans pitié, au-delà du courage de tous ses hommes réunis car il a en lui une force qui lui permet d’affronter les morts eux-mêmes. Il n’a pas réussi à tuer le comte Renar mais décide de rentrer au château de son père, en héritier. Il apprend que le roi Olidan d’Ancrath s’est remarié et que sa nouvelle femme est enceinte. Il apprend aussi que la mort de sa mère serait le résultat d’un marché…

La vengeance, quel excellent motif pour les livres de haine et de sang ! L’originalité ici c’est la jeunesse du personnage, un quasi gosse qui dirige des brutes épaisses, zigouille avec naturel et converse avec les morts et autres nécromanciens. Un personnage endurci par la haine et renforcé par la magie et dont quelques flash-back permettent au lecteur d’envisager le parcours sanglant. C’était à la base bien sûr un brave gars, mais le monde cynique et corrompu de la réalité a transformé ses rêves de petit garçon en cauchemars hantés par une sorcière. Je ne vois cependant pas ce que son très jeune âge apporte à l’intrigue, si ce n’est un manque de crédibilité.

Le tout n’est pas très original mais le personnage est bien construit tout comme la narration qui fait de constants va-et-vient entre passé et présent. Et en choisissant de faire de Jorg le narrateur de sa propre histoire, l’auteur crée de fait une proximité avec ce tueur implacable qui manie avec aisance humour et répartie. Il n’en devient pas pour autant sympathique, loin de là, car ce Jorg est un tueur de la pire espèce.

Le meilleur atout de cette série tient me semble-t-il au contexte. Le monde dans lequel évolue Jorg, un empire que se disputent les roitelets locaux, ressemble à notre Moyen Age, dans l’environnement comme dans l’organisation sociale. Mais quelques allusions poussent peu à peu le lecteur à s’interroger, éveillant la curiosité. Certains noms d’abord, presque les mêmes que les nôtres mais pas tout à fait (Roma, Jesu), puis l’évocation du Jour des Mille Soleils, ou encore l’apparition dans de très vieux livres de termes résolument scientifiques. Mais il ne faut pas en dévoiler trop pour laisser aux futurs lecteurs le plaisir de la découverte, et c’en fut un pour moi, d’autant plus que l’élément en question ne reste pas purement décoratif mais contribue au déroulement de l’intrigue.

Un récit sombre et violent pour un monde qui ne l’est pas moins et où évolue un personnage au charisme sanglant. Les têtes volent, les tripes jaillissent : on torture et on tue sans épargner le lecteur qui doit donc être averti. Une fois qu’il l’est, il ne pourra que se réjouir de tant de tripailles, de colère et de cynisme. Ce fut mon cas.

 

L’empire brisé – 1 : le prince écorché (Prince of Thorns, 2011), Mark Lawrence traduit de l’anglais par Claire Kreutzberger, Bragelonne, juin 2012, 381 pages, 21€

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