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Le livre sans nom

Le-livre-sans-nomCoeurSanta Mondega, vous connaissez ? Oui répondront ceux qui sont accros au Bourbon Kid depuis ses premières aventures en 2010 pour la traduction française. Non, répondront les malheureux qui font l’autruche depuis plus de deux ans, pour la bonne raison que cette ville-là n’existe pas. Et c’est tant mieux, il ne ferait pas bon s’y perdre malencontreusement par une nuit sans lune…

Présenter ce livre sans expliciter la nature particulière d’une grande majorité des habitants de cette ville peu commune, c’est un peu comme parler de Blanche-Neige sans évoquer les sept nains. Toute proportion gardée bien sûr. C’est gagnée par l’enthousiasme de certains lecteurs que j’ai entamé ce premier tome, alors que le quatrième vient de sortir. Enthousiasme tellement spontané d’ailleurs qu’ils m’ont grillé l’élément que je ne souhaite pas révéler ici mais que les plus perspicaces auront deviné. Il surgit d’ailleurs dans le roman comme un cheveu sur la soupe, mais passons à l’essentiel…

L’essentiel, c’est-à-dire l’incroyable ambiance de ce roman totalement jubilatoire. Quand on arrive à Santa Mondega, on est grosso modo transporté dans l’Amérique des pionniers, dans ce Far West mythique où les gars dégainaient plus vite que leur ombre et buvaient comme des trous dans les saloons. Ici le saloon s’appelle le Tapioca Bar et son patron Sanchez. Impuissant, il assiste au massacre de tous ses clients par celui qu’on surnomme le Bourbon Kid, mystérieux jeune homme encapuchonné qui disparaît aussi vite qu’apparu.

Cinq ans plus tard, le Bourbon Kid, ce terrible tueur, serait-il de nouveau en ville ? Son retour aurait-il un rapport avec la très prochaine éclipse de soleil ? Comme Jefe, El Santino et les deux moines de Hubar, est-il lui aussi à la recherche de l’Œil  de la lune ? Cette pierre précieuse, tout le monde semble la chercher, on s’entretue pour sa possession de façon tout à fait brutale.

Cependant, la police veille… et pas n’importe qui : Somers, flic antipathique aux yeux de ses collègues, qui ne connaît qu’un responsable de tous les crimes de Santa Mondega, et Jensen, un Black spécialiste du surnaturel (tiens donc, mais pourquoi…). Ils enquêtent sur la mort de tous ceux qui ont récemment lu « Le Livre sans nom », emprunté à la bibliothèque de la ville. Les deux forment une équipe de choc, soudée par une commune passion pour le cinéma. Parce que oui, Le Livre sans nom se déroule de nos jours, même si la modernité n’est pas le point fort de ce trou à rat qu’est Santa Mondega.

De l’action tout le temps ; des dialogues à l’humour méchant ; une ambiance rock’n’roll. Et aussi : des éviscérations, des fusillades, des grosses bagnoles, des caïds qui se la pètent, des références ciné à tire-larigot, Elvis Presley, et des moines champions d’arts martiaux : que du bonheur ! Pas de doute possible : ce livre-là secoue le roman noir sur ses bases, met à mal le rythme pépère du tueur en série traditionnel et de l’enquêteur épris de justice et de morale. Voilà qui étonne, qui détonne, bref, décoiffe. Le seul reproche, c’est une traduction parfois grammaticalement hasardeuse, de celle qui faisait écrire « mal dit » dans la marge du temps de ma jeunesse.

Les suppositions vont bon train quant à l’identité de l’auteur. Quentin Tarantino semble arriver bon premier…

 

Le livre sans nom (The Book With No Name, 2006), Anonyme traduit de l’anglais par Diniz Galhos, Sonatine, mai 2010, 460 pages, 21€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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