Adultes

L’âge des miracles – Karen Thompson Walker

Thompson

Alors que la dystopie règne quasi en maître aujourd’hui dans les rayons de la littérature de science-fiction pour adolescents, voici  L’âge des miracles qui pourrait se situer juste avant que la désorganisation sociale soit totale et ne tourne au totalitarisme.

Alors que rien ne le laissait prévoir, la rotation de la Terre se met à ralentir. Les jours se font de plus en plus longs aux Etats-Unis, jusqu’à plus de quarante heures de luminosité. Deux attitudes face à ce changement : celle, officielle, d’en rester à des journées de vingt-quatre heures symboliques, ou celle de certains originaux, qui font vite figure de dissidents, de vivre selon un rythme naturel. Ainsi se créent des communautés de temps réel.

Julia, onze ans, est une jeune Californienne qui vit avec ses parents. Elle va à l’école, prend des leçons de piano et est secrètement amoureuse de Seth. Et voilà pour l’intrigue. Le livre se résume à savoir comment Julia va vivre ce changement de rythme temporel qui correspond chez elle à l’adolescence, « l’âge des miracles, celui où les élèves prennent près de dix centimètres durant l’été, où les poitrines s’épanouissent d’un coup, où les voix plongent et s’envolent ». Julia se fait chahutée, Julia achète son premier soutien-gorge, Julia contemple la nuque de Seth en cours de maths, Julia découvre l’infidélité de son père… C’est un brin long. D’autant plus que s’il existe une édition pour adolescents, c’est la version pour adultes que j’ai lue. Le texte est bien sûr le même, mais ça signifie que le public cible à l’origine est le public adulte, ce qui ne me semble pas vraiment approprié. C’est un livre vraiment centré sur l’adolescence, sur les changements  tant physiques que psychologiques liés à cet âge de transition.

L’auteur a choisi de traduire ces bouleversements personnels par une catastrophe aux dimensions cosmiques, comme si le monde entier se trouvait transformé : les transformations subies par Julia se traduisent métaphoriquement par des transformations à l’échelle terrestre, tout aussi incontrôlables et irréversibles. Dès lors, les êtres montrent leur vrai visage, plus possible de tricher.

Le contexte est intéressant, mais il tient aussi lieu d’intrigue. A l’image des journées qui n’en finissent pas, la lecture s’étire sur trois cents pages qui perdent peu à peu de leur intérêt. Il y avait pourtant de quoi faire : comment le gouvernement gère cette crise ultime (à part le choix des vingt-quatre heures, rien n’est dit), que se passe-t-il de l’autre côté du globe (deux très brèves allusions), comment s’organisent les communautés de temps réel… autant de pistes inexplorées, l’auteur préférant centrer son roman sur la jeune héroïne, bien trop banale pour être passionnante.

L’âge des miracles (The Age of Miracles,2012), Karen Thompson Walker traduite de l’anglais (américain) par Alice Delarbre), Presses de la Cité, mai 2012, 331 pages, 19.90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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