René – Disiz


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Nous sommes en 2025. Après un mandat de Premier ministre, Marine Le Pen est devenue présidente de la République. Elle a créé le RAT (Répression Armée Territoriale) et abaissé l’âge de la majorité à quatorze ans (une aubaine pour les pédophiles…).Elle a fait promulguer une loi sur la francisation obligatoire des prénoms, d’où René, mais aussi Edgar, Jeanne, Germain, Faustine… etc. En 2025, René a treize ans, bientôt la majorité, mais il n’a pas le passé de bien des jeunes du même âge dans la cité d’Havreux-sous-Boqueteau. Il est plutôt atypique ce René, plutôt timide, il lit même des livres et n’écrit pas en langage SMS, du jamais vu. Cet été sera celui de ses premières découvertes, premier sentiment amoureux, premier joint, premier chouara (vol à l’arraché éclair et violent), première arrestation, premières violences.

René se présente donc comme un roman d’apprentissage qui permet au lecteur de suivre ce jeune garçon qui voit sa vie transformée. C’est Edgar, de quelques années son aîné, qui le prend sous son aile et qui l’incite à faire ce qu’il n’a jamais osé faire. Fourrer des meufs draguer des filles et se les faire dans les vestiaires, ou organiser un cambriolage. Comme les autres, René a déjà tout vu sur écran, toute la violence et tout le sexe possible et imaginable, mais il va comprendre que le vivre vraiment, c’est se mettre en danger et jouer avec son intégrité.

Dans la cité imaginée par Disiz, la religion n’a plus le poids qu’on lui connait, on ne parle plus de chômage puisque personne ne travaille et il n’est pas un humain qui ne soit métisse. Moins que les origines, ce sont les vêtements (très précisément décrits) qui font les personnages et surtout leur capacité de répartie : si tu ne répliques pas du tac au tac, le plus vulgairement possible, tu n’existes pas. D’où de savoureux dialogues entre amis qui se retrouvent pour une soirée :

–          Bah alors, les crevards, vous êtes venus les mains vides ? dit Tatiana avec ses manières de garçon.

–          Ah ouais, connasse, tu m’as pris pour qui ? Pour ces deux crétins qui sont venus avec leur bite et leur couteau ? répondit Edgar en sortant de son caleçon, par l’avant, un pochon rempli d’herbe.

–          Fais doucement, négro, dit l’Asiatique.

Ceci dans un cadre amical. Si quelqu’un vous regarde de travers par contre, on s’énerve :

–          Qu’est-ce que tu regardes, p’tit fils de pute ? Dégage ta mère de là avant qu’j’encule !

On note une certaine vivacité dans les dialogues… Ils participent au réalisme du contexte, c’est évident, mais au-delà, on comprend par cette violence verbale la dureté des rapports entre les gens. Pour survivre dans cette cité, pas question d’être un tendre ou un sentimental, il faut être un dur, tout le temps.

Heureusement, il n’y a pas que des dialogues. Disiz, que je ne connais pas en tant que chanteur, transmet plutôt bien la fragilité de son personnage égaré dans un univers qui n’est pas fait pour lui. Un tendre qui voudrait jouer au dur mais qu’un reste de conscience taraude, peut-être un gène récessif hérité d’un père inconnu mais fantasmé. Certains passages sont poétiques sans être mièvres, comment pourrait-on l’être dans un tel environnement…

Mon regret tient surtout au fait que le cadre de politique fiction n’est pas véritablement exploité. Le contexte immédiat est un référendum sur le rétablissement de la peine de mort et l’intrigue externe tourne autour de magouilles politicardes puisque que bien sûr, les gouvernants sont corrompus. Mais à part lors de l’accélération finale, René a peu à voir avec ces enjeux, il ne s’en préoccupe guère et finalement, que cette histoire se passe aujourd’hui ou en 2025 n’a guère d’importance. J’imagine (j’espère) que Disiz a accentué le délabrement général des banlieues et de leurs habitants, mais hormis la majorité à quatorze ans, le contexte n’a que peu de répercussion sur le personnage.
Priorité est donnée à la mise en scène de la vie quotidienne de René, et l’enchaînement des scènes entre potes m’a un peu lassée, notamment en raison des dialogues sus cités. Mais 260 pages, c’est le bon calibre pour apprécier la sincérité du propos, le travail d’écriture et l’implication de l’auteur.

René, Disiz, Denoël, mars 2012, 260 pages, 17.50€

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