Adultes

Transition – Iain Banks

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On ouvre son cerveau, on garde les yeux bien ouverts et on lit les cent cinquante premières pages en espérant que ça va se dégager. Alors oui, ça s’éclaircit peu à peu, mais pas avant la moitié, quand on arrive enfin à établir des relations entre les différentes voix.

Tour à tour, plusieurs personnages interviennent à la première ou la troisième personne. On ne sait pas qui ils sont ni bien sûr ce qu’ils ont à voir les uns avec les autres. Il y a le Transitionnaire, capable de changer d’identités et d’époques au moyen d’une drogue, le Septus, pour exécuter des ordres (qui vont d’intervenir dans la vie de quelqu’un pour en changer le cours à assassiner). Le patient 8262 se cache dans une clinique, on ne sait ni pourquoi ni qui il est. Adrian est un jeune Londonien ambitieux qui commence comme dealer mais entend bien gravir les échelons, en particulier grâce à ses relations avec un certain richissime Mr Noyce. Le philosophe est un tortionnaire, opérant d’abord en solo, pour son plaisir, puis au sein d’une organisation. Difficile de savoir qui est Madame d’Ortolan, elle semble occuper un poste éminent dans ladite organisation, baptisée l’Opportunisme dont le but avoué est d’améliorer le monde, rien de moins. Mais madame d’Ortolan semble avoir dévié de cette orientation première pour assouvir des désirs plus personnels. Elle est en conflit avec Mrs Mulverhill, insaisissable, mystérieuse et très sensuelle.

Cette simple présentation des principaux protagonistes de cette histoire tortueuse n’est possible que grâce à la lecture intégrale de ce roman pour le moins labyrinthique. Qui sont ces gens ? Quelle est cette organisation ? Qui sont les gentils, qui sont les méchants ? Faisant fi de tous les manichéismes, Iain Banks entraîne son lecteur dans une fiction tortueuse dont les fils emmêlés tissent une trame serrée quoique parfois un peu longuette. J’ai trouvé par exemple les soliloques d’Adrian le trader aux dents longues souvent inutiles. J’entends par là inutiles à l’intrigue principale mais intéressantes en ce qu’ils construisent une personnalité. Le problème étant qu’au final Adrian n’est pas un personnage principal et que ses week-ends en Écosse, on s’en fiche un peu.

Mais les concepts utilisés sont assez vertigineux à l’image de l’infinité des possibles mis en œuvre. Dans quel monde vivons-nous ? Est-il unique ? Peut-on œuvrer pour le bien de l’humanité malgré elle ? Peut-on faire le mal pour le bien ? Qui peut décider de ce qui est bien et de ce qui est mal ? On a l’impression de se promener dans des variations uchroniques avérées, des possibles réalisés dans des mondes parallèles. Vertigineux donc dans l’idée, et malin dans la mise en œuvre.

C’est donc plutôt l’intrigue elle-même qui pèche par facilités parfois. L’opposition d’Ortolan/Mulverhill soutient l’intrigue mais la fin est trop facile au regard de la complexité des enjeux. Je ressors aussi un peu frustrée de ne pas en savoir plus au final sur l’Opportunisme, sa fondation, son orientation, ses déviances.

Brillant donc, mais une intrigue un peu décevante.

Iain Banks sur Mes Imaginaires

 Transition (Transition, 2009), Iain Banks traduit de l’anglais par Patrick Imbert, Orbit, juin 2012, 376 pages, 20.90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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