Adultes

Tout ce que nous aurions pu être toi et moi… – Albert Espinosa

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Littérairement curieuse et actuellement plongée dans une période hispanisante, je ne pouvais que m’intéresser à ce livre au titre aussi accrocheur que romantique : « Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi ». Je me renseigne sur ce jeune auteur inconnu ici, né en 1973 et Barcelonais. Ce que l’éditeur français met en avant sur la jaquette : « atteint d’un cancer, il perd une jambe, un poumon et une partie du foie, et passe l’essentiel de sa jeunesse à l’hôpital ». Je compatis, je ne suis pas un monstre, mais je me dis que si l’intérêt principal de cet auteur est son cancer de jeunesse et donc la compassion qu’il fait naître chez le lecteur, c’est littérairement mal parti…

Marcos vient de perdre sa mère. Il est sur le point de s’injecter une drogue qui le privera définitivement de sommeil, comme nombre de ses compatriotes. C’est alors que de son balcon, il voit passer une jeune fille qui entre dans un théâtre. Et que son téléphone sonne : son chef le réclame, là, tout de suite, à trois heures trente du matin (son chef fait partie de ceux qui ont cessé de dormir). On vient de trouver un extra-terrestre et Marcos doit l’interroger car toutes les méthodes utilisées jusqu’à présent pour découvrir son identité n’ont rien donné.
On apprend la nature du don de Marcos à au moins la moitié du roman mais comme elle est révélée en quatrième de couverture, je me permets d’en dire plus : Marcos voit les souvenirs des gens, il les lit directement dans leur tête. Marcos est un brave gars, il ne se sert pas de son don à mauvais escient, mais bon, pour aider un nouvel ami extra-terrestre peut-être pas si extra-terrestre que ça, on peut bien marcher un peu sur ses principes…

Comme je n’ai à peu près rien compris à l’intérêt, au charme et à la poésie de cette histoire, je lis la quatrième de couverture : « une fable sur la perte, la douleur et l’amour, empreinte de tendresse mélancolique ». Ah bon. Je voudrais bien savoir pourquoi les gens s’injectent une drogue pour ne plus dormir, c’est quoi l’intérêt et le rapport avec la mère chorégraphe ? Et j’ai lu quelques livres étranges dans ma vie, des bouquins à l’imaginaire débridé et même des trucs un peu barrés, mais cette histoire de planètes à la fin, c’est juste grotesque. Ça doit être ça qui est poétique dans le roman : donner un sens à sa vie en en espérant une autre.

Quand même, la quatrième de couverture parle d’un « best-seller à la fois ingénu et transgressif » : ingénu je vois bien, trop bien même, mais je m’en tiendrai là car il est des personnes dont il est mal de se moquer ; mais transgressif, vraiment, je ne vois pas.

Et pour finir, si les Razzies passent par là, franchement, cette quatrième de couv’ est idéale : « un Stephen King qui ne ferait pas peur allié à l’art du conteur d’un Murakami ».

Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi (Todo lo que podríamos haber sido tú y yo si no fuéramos tu y yo, 2010), Albert Espinosa traduit de l’espagnol par Christilla Vasserot, Grasset, avril 2012, 255 pages, 15€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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