Sans âme – Gail Carriger


Sans âmeLes créatures surnaturelles ne vivent plus cachées mais à la vue de tous depuis plusieurs siècles. La reine Victoria bénéficie même d’un conseiller vampire et d’un autre loup-garou, en plus de son Premier ministre. Les relations entre humains et non humains, ainsi que la vie sociale de ces derniers, sont strictement réglementées par « l’estimable Bureau du registre des non-naturels », le BUR. Dirigé par le taciturne comte Maccon, loup-garou de son état, mâle Alpha à la tête de la meute du château de Woolsey. Humains et non humains, avec ou sans âme sont en bons termes. Apparemment.

Est-ce un hasard si le comte est présent au moment où miss Alexia Tarabotti a besoin d’aide ? Car aussi délurée et débrouillarde soit-elle, cette vieille fille de vingt-six ans se trouve dans l’embarras quand elle assassine par erreur, d’un coup d’ombrelle mortel, un vampire dans une bibliothèque. Certes, il l’avait attaquée sans lui être présenté, mais quand même, le châtiment est par trop radical. Car la ruche de Westminster, là où sont élevés les vampires de la capitale ne va pas être contente, ce qui risque de troubler la paix entre créatures surnaturelles. On se demande bien ce qui a pris ce vampire : comment ne savait-il pas que miss Tarabotti est une paranaturelle, à savoir une sans âme qui annihile l’état surnaturel et donc les pouvoirs de celui qui la touche ? Qui était-il d’ailleurs ce vampire, personne ne semble le connaître, même pas la reine de la ruche ?

C’est sûr cette très maigre intrigue que se construisent les trois cents pages de Sans âme, autant dire que le sujet est ailleurs : miss Tarabotti va-t-elle se faire lord Maccon ? Ou sa variante : lord Maccon va-t-il se faire miss Tarabotti ? Bien sûr, c’est plus drôle, plus victorien donc faux-cul et maniéré et très très féminin. La silhouette, les chapeaux, la confidente… la langue de lord Maccon et ses effets calorifères. Et ses dents grâce auxquelles il grignote la tendre peau de miss Tarabotti qui s’indigne pour la forme et apprécie dans le fond les pratiques de ce lord terriblement mal élevé, pensez donc, un Ecossais !

Ce qui distingue cette série de la bit-lit traditionnelle, c’est le cadre victorien qui impose à la parade amoureuse tout un cadre de codes et de bonnes manières que ce couple terriblement mal assorti s’emploie à contourner. La transgression les plonge dans toutes sortes de situations plutôt drôles, un peu plus chaudes inconvenantes à chaque fois. Le franc-parler de miss Tarabotti et la rudesse de lord Maccon ne sont pas non plus pour rien dans l’humour de ce roman sympathique.

 

Le Protectorat de l’ombrelle / 1 : sans âme (Soulless,2009), Gail Carriger traduite de l’anglais (américain) par Sylvie Denis, Calmann-Lévy (Orbit), janvier 2011, 16,50€

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