Le jeu lugubre – Paco Roca


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Etrange histoire, étrange procédé narratif. Avant que la bande dessinée proprement dite ne débute, un narrateur explique qu’il a un jour trouvé un livre intitulé «Le jeu lugubre». Ledit livre portant le titre d’un célèbre tableau de Salvador Deseo, peintre surréaliste catalan, il le dévore aussitôt, fasciné par le récit qu’il contient, celui de Jonas Arquero, secrétaire du célèbre artiste. Le narrateur explique qu’avec cette bande dessinée, il a voulu «retranscrire le plus fidèlement possible» le texte d’Arquero qui se déroule à Cadaqués, à l’aube de la guerre civile espagnole.

Désireux de fuir la fièvre politique madrilène, Jonas Arquero accepte immédiatement le poste de secrétaire d’un peintre célèbre demeurant très retiré en Catalogne. Le jeune homme n’a jamais vu de toiles de Deseo mais il connait sa réputation d’excentrique et de provocateur. A peine arrivé au village de Cadaqués, il mesure l’étendue de son originalité à l’hostilité des villageois quand il explique les raisons de sa présence.
Il est accueilli chez Deseo par Galatée, sa compagne. Il se perd dans la vaste maison et quand il découvre le peintre et ses toiles, un sentiment de malaise l’envahit. D’autant plus que gisent ça et là des cadavres d’animaux ensanglantés et que Deseo, sûr de son génie, tient des propos vraiment hors du commun (« Je savoure mieux la vie, je me sens plus vivant quand je dévore un mort »…). Jonas Arquero, de plus en plus perturbé, commence à avoir des hallucinations.
Paco Roca, fasciné par Dali, choisit de faire un album sur l’homme et la  légende. Beaucoup de choses ont été racontées sur sa vie, sur ce qu’il faisait dans sa villa, les orgies, le sang. Pour faire un lien avec ses tableaux représentant des corps mutilés, il n’y a qu’un pas, que s’autorise Roca à travers les mémoires d’un pseudo secrétaire.
Ainsi son Dali n’est pas qu’un joyeux excentrique qui aime le chocolat Lanvin. C’est un dégénéré sadique, rendu fou par son génie qui, en reculant les lois de la morale, lui autorise tout. Retiré dans sa demeure, il y a en lui du comte Dracula qui attire les âmes innocentes pour s’en repaître, c’est-à-dire ici pour alimenter son imagination morbide.

Le narrateur de la préface revient en postface sur trois pleines pages de texte pour expliquer ce qui dans la biographie de Deseo l’a amené à écrire cette histoire. Ce que je ne comprends absolument pas, c’est pourquoi Dali est toujours appelé Deseo alors que son identité ne fait aucun doute, que les lieux sont identifiés ainsi que l’époque (le printemps 1936) et de nombreux personnages (García Lorca, Hitler, André Breton…).

Ce qui ne change cependant rien à la qualité hallucinée de cette bande dessinée étrange. Paco Roca s’est permis lui aussi quelques touches de surréalisme sanglant, tout à fait dans l’esprit du Catalan.

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Le jeu lugubre, Pablo Roca (traduit de l’espagnol), Erko, 2002, 59 pages

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