La couleur de l’âme des anges – Sophie Audouin-Mamikonian


La couleur de l'âme des angesLa nouvelle collection jeunesse des éditions Robert Laffont s’appelle  « R » et s’adresse aux grands adolescents et jeunes adultes. Le titre phare de du lancement est dû à Sophie Audouin-Mamikonian, plutôt habituée à de plus jeunes lecteurs, même si elle a publié un roman policier pour adultes. Il y est question d’anges, puisque les anges ont la cote, après Harry Potter (voir tara Duncan) et les vampires.

« Jeremy venait de mourir.

Décapité par un samouraï.

A New-York, au XXIe siècle. »

Il n’est pas le seul cette nuit-là à faire les frais de ce samouraï, mais il n’est pas certain que Jeremy, vingt-trois ans, n’ait pas été pris pour quelqu’un d’autre. Car on le sait, le tueur à gages new-yorkais est parfois maladroit, il tue à tort et à travers. Ne serait-ce pas plutôt la ravissante Allison qui était sa cible ? Allez savoir, Jeremy ayant un beau-père trafiquant, tout est possible…
Toujours est-il que le défunt Jeremy est aussitôt accueilli par un ange nommé Flint, un très vieil ange, qui lui explique les us et coutumes de son nouveau statut. Les anges se nourrissent de brume, la bleue étant bénéfique, la rouge, maléfique. En gros. Jeremy comprend que cette brume émane des humains, elle est la matérialisation de leurs sentiments. Grosso modo. Et que les anges peuvent les influencer. A savoir qu’à force de hurler dans les oreilles d’un humain, un ange peut l’amener à agir de telle ou telle façon, et ça marche dans toutes les sphères. Roosevelt peut donc murmurer ses sages conseils à l’oreille de l’actuel président. Jeremy est plus modeste, il aimerait bien attirer l’attention d’Allison dont il est tombé amoureux et qu’il zieute dans son appartement. Mais en tout bien tout honneur, bien sûr, dès qu’elle se déshabille, il tourne la tête, ce grand garçon de vingt-trois ans, c’est une question de morale, même si elle n’en sait rien.
Comme les choses sont bien faites Allison, poursuivie par le samouraï, ne tarde pas à mourir et à rejoindre Jeremy. Mais en tout bien tout honneur aussi, parce qu’elle a juré à maman de rester vierge jusqu’au mariage. Oui.

L’intrigue est plutôt emberlificotée et il serait fastidieux de la résumer. Sachez qu’Allison va poursuivre de ses foudres un méchant qui ne veut pas révéler la formule d’un médicament miracle pour guérir le cancer et que ça, c’est mal. Parce que la maman d’Allison est morte du cancer. Elle est tellement remontée la douce Allison, que de bleue angélique elle devient rouge maléfique. Que oui, Jeremy et Allison vont conclure, mais à la fin. Et que la demi-sœur de Jeremy lit Tara Duncan. Que chez les anges comme ailleurs, il faut être beau et jeune. D’ailleurs la preuve, dans cet au-delà, Sinatra, Elvis, Marilyn continuent d’être ce qu’ils étaient au plus bel âge, pas question d’être décati, les gros poilus qui sentent mauvais, c’est bon pour les méchants rouges.

Que dire d’autre… que pas mal de scènes frôlent le ridicule, en particulier la scène d’amour entre Lili et Jeremy, ou plutôt son explication. On nous dit que Jeremy n’a que très peu d’expérience sexuelle, mais il fait l’amour comme un dieu plusieurs heures de rang et sans faiblir. Explication : son grand-père lui a payé des heures avec une call-girl ! En attendant, il peut cohabiter trois mois avec une bombe sexuelle sans la toucher. Ce qui n’est guère étonnant puisque Jeremy a la mentalité d’un adolescent de quatorze ans, très préoccupé par les choses du sexe mais complètement niais.
On le constate aussi dans les dialogues. Quand il retrouve son grand-père, mort depuis longtemps, il s’exclame : « Grand-père ! Merci, merci, mon Dieu, j’étais… j’étais si seul, j’ai eu si peur ! ».  Le garçon a vingt-trois ans, il est censé être un trader, petit génie de la finance qui a déjà mangé plein de grands…

Je ne vois pas bien quels jeunes adultes peuvent trouver de l’intérêt à ce livre. L’intrigue est tirée par les cheveux, le complot mis en œuvre contre Jeremy, qui est bien mieux que ce qu’il croit, n’a pas de sens, rien ne me semble crédible, pas même les motivations des personnages portés par des dialogues si creux, des situations stéréotypées.

Quant au style, eh bien… j’en perds mes mots (je ne suis pas écrivain, ça tombe bien !). On va dire qu’il est simple. A l’image de ces quelques lignes du prière d’insérer, qui n’ont certes pas été écrites par l’auteur, mais qui donnent une idée du contenu : « La couleur de l’âme des anges est son premier projet pour jeunes adultes, et le tome 1 d’une duologie ». C’est bizarre quand même, parce que diptyque, ça existe comme nom… je me dis qu’il fait peut-être trop compliqué, mieux vaut lui substituer un mot qui n’existe pas…

La couleur de l’âme des anges n’est pas un mauvais livre, c’est juste un texte qui me semble terriblement artificiel, un mélange d’ingrédient à la mode pour un public cible. Qui n’est pas moi.

Sophie Audouin-Mamikonian sur Mes Imaginaires

 

La couleur de l’âme des anges, Sophie Audouin-Mamikonian, Robert Laffont (R), janvier 2012, 447 pages, 17.90€

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