Eroticortex – Thierry Maugenest


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Un drôle de livre et un livre drôle, cet Eroticortex est surprenant, sérieux dans son contenu mais déconcertant par sa forme.

Le lecteur se trouve propulsé au sein du laboratoire Lanxis qui mène des recherches sur le cerveau. Bien loin des discours officiels et des dossiers, ce sont les bruits de couloirs que l’on entend, conversations entre employés anonymes autour de la machine à café ou dans les toilettes. Et les commentaires vont bon train, car le professeur Albert Carrington défraie la chronique (le lecteur suit d’ailleurs la presse à travers des fac-similés) en affirmant qu’il a isolé l’aire de la religion dans le cerveau. Rien de plus simple que de l’atténuer pour que cessent revendications et conflits en la matière. Les croyants seraient-ils simplement victimes de leurs gènes ? Qu’en est-il alors du libre arbitre ? Cette dernière question ne préoccupe absolument pas le professeur Carrington, obnubilé par ses recherches et complètement aveugle à tout problème moral. D’ailleurs, il se met en recherche d’un con pour voir s’il peut isoler l’aire de la bêtise et remédier à ce fléau, et pire, il se met en tête d’isoler l’aire de l’amour et d’en libérer enfin l’espèce humaine. L’ambition scientifique de Carrington aura-t-elle des limites ? Sa soif de connaissance peut-elle tout justifier ?

S’il était besoin de le démontrer, ce livre en fait la preuve : la science n’est pas glamour. Elle peut-être drôle (involontairement), mais dans sa volonté de tout expliquer, quel manque de poésie et donc d’humanité ! Transformer un moine franciscain en acteur de films pornos, c’est drôle (involontairement), mais briser l’amour tendre de deux tourtereaux au nom de la science, c’est cruel. Bien sûr, ils n’en vivront pas moins bien, mais quid du plaisir non charnel d’être ensemble ? Mais bien sûr, tout est si relatif en la matière…

« … je crois comme toi que c’était un sacrilège de désactiver l’amour dans le cerveau de ces deux cobayes, mais je pense qu’il leur a épargné des souffrances à venir. Ceux-là, au moins, ils ne passeront pas des nuits entières à pleurer dans leur oreiller à cause d’un coup de fil qui ne vient pas, d’un mot qui a été dit ou pas, d’un « je t’aime » resté sans réponse. Ils ne s’interrogeront pas à longueur de journée sur les sentiments de l’autre ; ils ne chercheront pas plus à interpréter chaque mot, chaque geste, comme un signe d’amour ou de désamour. »

Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve…

Est-il donc nécessaire de tout savoir ? Contrôler toute la machine humaine contribuera-t-il à améliorer le sort de l’humanité ? Un homme sans affects ni défauts est-il l’homme idéal ? L’avenir de l’humanité ne se trouve-t-il pas dans la plante verte ?

J’ignorais que l’humour scientifique pouvait être aussi noir et pertinent. Quel plaisir que ce cynisme-là, on en rirait bien encore s’il n’était si effrayant…

Eroticortex, Thierry Maugenest, JBz & Cie, janvier 2012, 133 pages, 15€

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