Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons – Jasper Fforde


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Jennifer Strange n’a pas encore quinze ans et elle doit s’occuper d’une des dernières agences de magiciens (oups, on dit «maîtres en Arts Mystiques») encore en activité, Kazam. Leurs pouvoirs diminués leur permettent encore de réparer les canalisations sans tout démonter, de chasser en une seule fois toute les taupes d’un jardin, de faire livrer des organes par tapis volant, mais guère plus. Alors Kazam périclite doucement et Jennifer a bien du mal à payer les factures, elle qui n’est que directrice suppléante, en tant qu’enfant trouvée. Où est parti M. Zambini et quand reviendra-t-il ?

Et comme si elle n’en avait pas assez avec tous ces soucis quotidiens, voilà qu’un mage prédit la mort d’ici à quatre jours du dernier dragon encore en activité. Depuis des centaines d’années, il vit sur le territoire de sa Dragonie mais au moment même de sa mort, ces centaines de mètres carrés magiquement inaccessibles deviendront libres de tout propriétaire. La nouvelle court comme une trainée de poudre, c’est la ruée puis le sitting autour de la Dragonie : chacun attend avidement de pouvoir s’emparer gratuitement d’une concession. Mais il faut pour ça que meure le dragon. Et voilà que Jennifer apprend qu’elle est celle qui va devoir tuer le dragon Maltcassion armée de son épée Exhorbitus (elle a coûté cher…). Là n’est malheureusement pas le seul péril car le plus dangereux est certainement d’affronter l’avidité de Snodd IV, roi en exercice du pays de Galles libre dans les Royaumes Désunis.

A l’inverse de ce qu’annoncent le titre et la quatrième de couverture, Jennifer n’est pas dès le début tueuse de dragons. On la voit d’abord aux prises avec le quotidien de son agence, la mauvaise humeur ou la naïveté des magiciens et les difficultés financières. Elle se démène pour leur trouver du travail dans un pays de Galles moderne, c’est-à-dire touché par la crise. Le contexte est familier au lecteur, quelques bizarreries par-ci par-là dessinant un univers décalé dans lequel les animaux de compagnie ressemblent à des quarks (ils sont redoutables et très craints…). Le comique naît de situations cocasses (les bas travaux que doivent accomplir les magiciens), mais aussi d’un ton franchement parodique : Jasper Fforde prend le contre-pied de bien des scènes traditionnelles de romans de fantasy. A Jennifer qui demande à son mentor comment elle va devenir apprentie, celui-ci répond :

« En général, il faut dix ans d’études, de dévouement, de lectures attentives et l’acquisition d’une appréhension spirituelle de soi digne de la fonction, mais, comme nous sommes un peu pressés, je peux te proposer le cours accéléré.

–          Qui prend combien de temps ?

–          Environ une minute. Pose la main sur ce livre. »

Jasper Fforde nous épargne ainsi le récit de longues années de formation que par ailleurs, on a déjà lu cent fois.

C’est léger, drôle et irrévérencieux. Pas aussi inoubliable que la série des Thursday Next, mais tout à fait recommandable.

Jasper Forde sur Mes Imaginaires

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons (The Last Dragonslayer, 2010), Jasper Fforde traduit de l’anglais par Michel Pagel, Fleuve Noir (Territoires), juin 2011, 294 pages, 15.90€

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