Wastburg – Cédric Ferrand


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Plongée immédiate et sans bouée dans Wastburg, étrange cité installée entre les deux bras d’un fleuve. C’est glauque, c’est sale, ça pue et ça s’entre-tue, bref, c’est extrêmement réjouissant malgré quelques défauts très dommageables.

Pas de résumé cependant puisqu’il n’y a pas d’intrigue à proprement parler. Un grand nombre de personnages se croisent dans les ruelles obscures de cette ville dangereuse et corrompue, mais c’est Wastburg elle-même qui fait figure d’héroïne. Ses rues, ses gardoches, son burgmaester et son passé magique qui n’est presque plus qu’une légende. Il y a longtemps, peut-être cinquante ou soixante ans, les majeers régnaient sur Wastburg. Mais après la Déglingue, toute magie a quitté la ville qui a alors entamé un lent déclin. Depuis, c’est le burgmaester qui gouverne, toujours le même. De lui on ne sait rien, on suppose, on invente dans les rues où les ragots vont plus vite que les faits. C’est la Garde qui est chargée de faire régner l’ordre, celui des maesters de quartiers et de leurs échevins. Chacun doit quelque chose à plus puissant que soi et mieux vaut ne pas se trouver tout en bas de l’échelle des faveurs, à moins d’être très dégourdi.

Le lecteur croise le destin de nombreux Wastburgiens qui n’ont pas forcément à voir les uns avec les autres, si ce n’est qu’ils vivent dans la même ville. De loin en loin, en mettant les chapitres bout à bout, se dessine un complot pour faire sortir un très vieux prisonnier de prison en faisant sauter les murs de la Purge grâce à des tonneaux de salpêtre piqués sur un bateau coincé dans le port par une grève des dockers. Mais ce fil conducteur est avant tout prétexte pour dessiner quantité de personnages tous plus vivants les uns que les autres. Alors que pour la plupart, ils n’apparaissent que dans un seul chapitre, simples maillons d’une grande chaîne, ils sont minutieusement décrits, on connaît leurs motivations, leurs défauts, leur passé. En quelques mots, une petite scène s’anime avec ses bruits, ses odeurs, son langage propre. Plusieurs des habitants ainsi dépeints représentent la loi, au premier rang les gardes, censés faire régner l’ordre. Mais tout n’est que compromission à Watsburg, l’intérêt personnel passe avant le bien commun, et tout s’achète ou s’échange. Certains usent d’autorité, d’autres de roublardise, mais ça sera toujours à celui qui en fera le moins pour le plus grand profit.

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de cette cité obscure, tous ces détails et personnages qui en font un élément tellement vivant. L’ambiance crépusculaire, la densité historique et sociale de la ville, sa cohérence (malgré son manque de cohésion), tout concourt à faire de ce roman une bien belle réussite qui m’a rappelé LankhmarGagner la guerre ou Les Salauds Gentilshommes J’apprécie particulièrement qu’un auteur ne soit pas avare de personnages, qu’il en crée un page 10, nous racontant son passé, ce qui l’a amené là où il est, ce qu’il a l’intention de faire …etc. pour le zigouiller page 20.

J’avoue avoir attendu au départ que l’action démarre, puis je me suis perdue avec plaisir dans ces rues sombres, j’ai écouté Bruchain, Polkan, Walder, Trumgar et les autres sans plus chercher autre chose que l’immersion sans retour. Car le langage de tous ces gens est savoureux, les trouvailles lexicales bienvenues : la richesse du vocabulaire et son originalité contribuent efficacement au plaisir de lecture. Ladite inventivité lexicale recouvrant à l’occasion des trouvailles réjouissantes comme la bouscotte ou la porchaison.

J’aurais aimé recommander ce livre, j’aurais aimé en faire un coup de cœur en cette année qui n’en a pas connu beaucoup. Très malheureusement, je ne peux recommander un livre à ce point truffé de fautes de grammaire. Comme je l’ai déjà constaté pour d’autres ouvrages de cet éditeur, la relecture est inexistante ou inefficace. Pour vingt-six euros, comment se satisfaire d’un ouvrage qui compte plus d’une demi-douzaine d’erreurs grammaticales par chapitre ? Malgré mon plaisir de lecture, j’ai failli lâcher l’affaire en route, et ne peux conseiller l’achat à quiconque car un livre est un tout et la correction de la langue certainement pas une option. Un beau gâchis…

Wastburg, Cédric Ferrand, Les Moutons électriques (La Bibliothèque voltaïque), août 2011, 281 pages, 26€

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