BD/Mangas

Suicide Island / 1 – Kouji Mori

Kouji Mori 1Le Japon ne sait plus que faire de ses suicidés. Les soins de santé sont trop élevés et les récidivistes trop nombreux. Le gouvernement a donc décidé d’envoyer les suicidaires sur une île, « Suicide Island ». (D’entrée, on pense à Ikigami et aux façons radicales qu’a le gouvernement japonais de gérer sa démographie). Sei, hospitalisé après une tentative de suicide, se réveille sur une île avec de nombreux jeunes gens et jeunes filles de son âge. Tous ont tenté de mettre fin à leurs jours, ont été soignés puis leur identité a été effacée avant qu’ils soient débarqués sur cette île : aux yeux de leur pays et du monde, ils n’existent plus.

A leur réveil, se rendant compte qu’ils ne sont pas morts, certains se suicident immédiatement (ce qui donne lieu à des scènes assez dures). Les autres s’interrogent puis décident que le plus important est de trouver de l’eau car sinon ils risquent… de mourir de soif. Ironie de la situation, que plusieurs décident de trancher en se tuant. Les autres trouvent une source puis se mettent en quête de nourriture. Ryo, semble vouloir être le meneur, même s’il s’en défend, au moins essaie-t-il d’organiser la survie. Et le quotidien aussi, car le soir venu, certains garçons considérant qu’ils vont mourir sous peu, décident de violer les filles pour en profiter une dernière fois… Mais qui peut les en empêcher ? Qui dans ce monde sans loi peut dire ou sont le Bien et le Mal ?

Ce tome est vraiment énigmatique, donc prenant. Comme les jeunes protagonistes, le lecteur se demande ce qu’est cette île et dans quel but ils ont atterri là. Il y a des maisons abandonnées, des squelettes, de quoi pêcher… est-ce un test, une expérience pour leur montrer la valeur de la vie, de l’espoir et de l’amitié ? Dans ce tome 1, les rivalités dominent et on ne sait pratiquement rien du passé de ces jeunes gens, à peine plus sur celui de Sei, le narrateur. Tout ce qu’il faut donc pour être bien appâté et avoir envie de lire la suite.

Ce qui m’a par contre beaucoup agacée, c’est le didactisme  de ce manga. On trouve ici et là des placards explicatifs très mal venus (exemple : « Cerfs du Japon : sous-espèce de cervidés de l’Est de l’Asie, de taille relativement petite, et largement répandue entre Hokkaido et Okinawa, sur Honshû, Shikuko, Kyûshû et la plupart des îles du Japon »). Pareil pour les mares résiduelles formées par la marée ou les bananes (« La banane est un fruit très énergétique, riche en vitamine, et en calcium…etc »). On se croirait dans un manuel des Castors Juniors !

D’autres passages très appuyés sont extrêmement démonstratifs. Par exemple, quand Sei utilise le couteau qui lui a servi à se trancher les veines pour couper une corde et fabriquer un radeau de pêche : « Je réalisais que cet objet qui pouvait être utilisé pour mourir, avait à l’origine été conçu pour survivre »… Que dire de la répartition des taches puisqu’une des jeunes filles affirme : « Nous les filles on n’a pas le choix, on ne pourra jamais pêcher toutes seules » : ben tiens donc… On imagine bien que Kouji Mori cherche à faire réfléchir ses lecteurs dans un pays où le suicide chez les jeunes est le plus élevé du monde, mais vu d’ici, ça manque de finesse.

Bref, face aux bons éléments de cette intrigue, ces détails qui s’accumulent finissent pas m’agacer. C’est bien dommage, parce que ces jeunes gens sont prometteurs, potentiellement dangereux puisqu’ils n’ont rien à perdre, confinés dans un endroit au potentiel anxiogène évident. Un peu Sa Majesté des Mouches, un peu Battle Royale.

Suicide Island / 1, Kouji Mori, Kazé, novembre 2011, non paginé,  7.50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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