Algernon, Charlie et moi – Daniel Keyes


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Des fleurs pour Algernon est un des meilleurs romans de science-fiction que j’ai lus, et un des premiers. Difficile donc de passer à côté de ce livre qui en explicite la genèse, et qui au-delà, dessine la « trajectoire d’un écrivain » comme le souligne le sous-titre. Daniel Keyes raconte comment les divers éléments ou scènes qui ont fait Des fleurs pour Algernon ont trouvé place dans sa vie, comment une rencontre, une réflexion ou une lecture ont influencé son écriture.

Trois mois avant ses dix-huit ans, juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Daniel Keyes s’engage dans la marine marchande. Il devient rapidement commissaire de bord puis fait office de médecin. Il comprend ainsi qu’il n’entreprendra jamais les études de médecine que ses parents ont rêvées pour lui et pour lesquelles il a pratiqué toutes sortes de petits boulots durant son adolescence. A dix-neuf ans, il en en certain : il sera écrivain. Il écrit un premier roman, refusé partout. Puis il devient rédacteur en chef adjoint chargé de la fiction pour les pulps du groupe « Stadium Publications » : il choisit des nouvelles, les corrige… lui qui n’en a encore publié aucune. Mais bientôt, le marché du pulp périclite en raison de l’apparition du livre au format de poche. Il se met à écrire des scénarios de BD à la chaîne pour Stan Lee.

Il fait quelques tentatives de nouvelles qu’il donne à lire ici et là sans jamais parvenir à se démarquer. « Le problème avec ce texte, écrivait-il, c’est qu’il s’agit d’un récit dans le style de Ray Bradbury, et que seul Ray Bradbury devrait écrire des nouvelles de ce genre. »

Mais toujours, il a envie d’écrire un texte dont les éléments se mettent peu à peu en place, l’idée de départ étant « Qu’arriverait-il si l’on pouvait améliorer artificiellement l’intelligence humaine ? » Il est très intéressant de suivre le parcours de Charlie Gordon à travers les yeux de son créateur, comment il a pris vie, réellement, et hanté son créateur pendant de très longues années. Le roman fut d’abord une nouvelle publiée en 1959 dans « The Magazine of Fantasy and Science Fiction », saluée par tous. Mais Charlie était toujours là, il fallait lui donner plus d’ampleur, retravailler le texte pour en faire un roman. Six ans de réécriture ont été nécessaires, autant d’années de ténacité car les refus ont été très nombreux. On demandait à Daniel Keyes de modifier son texte « pour coller aux besoins du marché, ou à l’idée que les éditeurs se font des lecteurs, […] pour écrire une fin qui plaise à la majorité du public », mais il s’y refusait. Ce n’est donc qu’en 1966 que paru le roman qui depuis lors n’a cessé de rencontrer le succès auprès de ses lecteurs.

Pour tous les amateurs de ce merveilleux roman, cette lecture est quasi indispensable car on en apprend beaucoup. Mais au-delà, c’est un document très intéressant sur le monde de l’édition, les auteurs : comment les auteurs écrivent, comment ils vivent et s’en sortent, ce qui les motive. Mais surtout tout le business de l’édition avec les agents, les revues, les conseils de réécriture, les critiques littéraires, les adaptations (Des fleurs pour Algernon a été adapté plusieurs fois à la télé, au cinéma et même en comédie musicale). Ainsi, une seule critique négative dans le New Yok Times peut couler un spectacle pour lequel le public dans la salle s’enthousiasme ; un jeune auteur qui a publié deux ou trois nouvelles peut occuper un poste d’enseignant en creative writing

On ouvre ce livre pour Charlie et Algernon, et on le ferme en ayant appris beaucoup sur le monde de l’édition américaine sans pour autant lire un essai sur le sujet. En mêlant son expérience personnelle à cet aspect documentaire, Daniel Keyes écrit un petit livre stimulant et parfois émouvant. Et qu’il se termine par le texte de la nouvelle originale ne gâche rien.

Algernon, Charlie et moi : trajectoire d’un écrivain, Daniel Keyes traduit de l’anglais (américain) par Henry-Luc Planchat, J’ai Lu (Nouveaux Millénaires, mars 2011, 221 pages, 16€

 

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