Jeunesse

Nuit tatouée – Charlotte Bousquet

Bousquet.jpgUne nouvelle collection jeunesse consacrée aux littératures de l’Imaginaire, ça nous manquait. Pour cette première salve de titres, «Galapagos» de chez L’Archipel a choisi trois auteurs français. Comme n’est pas auteur jeunesse qui veut, on retrouve forcément des noms déjà connus, je ne vois donc pas bien la nécessité d’une nouvelle collection, mais bon, c’est certainement commercial, ça me dépasse donc, ce qui m’intéresse moi, c’est la lecture. 

J’ai choisi, un peu au hasard en espérant le meilleur, le roman de Charlotte Bousquet, auteur qui a déjà fait ses preuves et que je n’avais pourtant jamais lu, honte à moi.

Le tome 1 de « La peau des rêves » se passe à Paris dans un avenir indéterminé, un futur d’après la catastrophe, le post-apocalyptique, encore, je ne sais pas si c’est 2012 qui stérilise l’imagination des auteurs de SF, mais il me semble que ça commence à faire beaucoup (ça, c’est ce que je grognonne en commençant le livre…).

La jeune héroïne se prénomme Cléo, elle a été adoptée, ses parents ayant été massacrés par des chimères, des êtres mi-hommes mi-autre chose. Elle est élevée par Marcus et Dora comme et avec leur propre fille, Tania, confidente et amie de Cléo. Lors d’un affrontement, elle se bat un jour contre une jeune fille-oiseau qui porte au poignet le même tatouage qu’elle. Troublée, Cléo la laisse partir au lieu de la tuer. Elle ne cesse de repenser à ce tatouage qui la hante et l’interroge au même titre que les nombreux cauchemars peuplant ses nuits et qu’elle ne sait interpréter. Bientôt, elle ne se sent plus à sa place au sein du clan du Passage, l’amour puis la jalousie de Tybalt lui deviennent insupportables. Éprise de liberté, désireuse d’en savoir plus sur son passé et de revoir la chimère qui lui ressemble tant (et accessoirement son frère), Cléo décide de partir. Elle va être confrontée à un environnement très hostile où sévissent des dégénérés cannibales et quelques autres créatures franchement répugnantes. 

Malgré le post-apo, Charlotte Bousquet s’en sort bien. Surtout et avant tout parce qu’elle ne campe pas une héroïne neuneu, attachante et amoureuuuuse. La sienne est plus nuancée, donc plus complexe. Elle ne se demande pas si elle va mettre ses baskets bleues ou ses talons aiguilles pour aller dîner parce qu’elle n’a ni l’un ni l’autre et qu’il faut lutter pour rester en vie et pour s’imposer face aux autres. Les amatrices de « Black Moon » n’y trouveront peut-être pas leur compte mais j’espère qu’il reste de la place pour autre chose dans le paysage SF jeunesse actuel.
Le lecteur est bien saisi dès les premières pages (il y a emboîtement d’histoires) et les suivantes défilent avec facilité. J’ai apprécié que Cléo soit férue de théâtre même si je ne suis pas sûre que les références (pourtant majeures) disent grand-chose au public cible. La différence et l’identité sont les thèmes principaux de ce roman, où il est aussi question d’indépendance, de domination masculine, d’affirmation de soi. Tous essentiels et bien traités. Juste un regret concernant les descriptions de ce Paris-là qui me semblent trop elliptiques pour qu’on puisse vraiment se le représenter. 

Charlotte Bousquet sur Mes Imaginaires

La peau des rêves – 1 : nuit tatouée, Charlotte Bousquet, L’Archipel (Galapagos), octobre 2011, 230 pages, 14.50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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