Au pays de la mémoire blanche – Norac & Poulin


Poulin couvCoeurSi ce n’était un sacrilège, je crois que j’aurais découpé tout l’album pour tapisser de ses magnifiques illustrations les murs de mon bureau. Aussi tristes et graves soient-elles, je ne me lasse pas de les regarder et de les montrer à qui voudra depuis que j’ai ouvert Au pays de la mémoire blanche. Ce livre est tout simplement magnifique, et je découvre avec lui Stéphane Poulin, illustrateur québécois, dont le prière d’insérer nous dit que cet album est  l’aboutissement du rêve de sa vie : « Cinq ans de travail, moitié pour les esquisses à la mine de plomb, moitié pour la réalisation des 150 pages finales à l’huile sur toile. » Le résultat est superbe.

Le narrateur d’Au pays de la mémoire blanche sort du coma dans lequel il était plongé suite à un attentat meurtrier dans un bus, dont il a miraculeusement échappé. Il ne se souvient de rien, même pas de son nom, même pas de son visage qu’il ne peut contempler car il est recouvert de bandelettes. On lui dit qu’il s’appelle  Rousseau et qu’il est un chien, c’est-à-dire qu’il fait partie de la classe dominante. Car dans le monde où il se réveille, les chiens font régner la répression dans une ville vide et désolée, où les chats sont persécutés, accusés de tout, boucs émissaires faciles. Ils sont pauvres. Les chiens eux sont flics ou snipers, ils tirent sur les chats, ceux qui se permettent de rêver, ceux qui imaginent et s’évadent en rêvant d’un ailleurs meilleur. Même ça, c’est interdit. Même le petit écran ne diffuse plus que de la télé-réalité : le rêve n’existe plus.

Rousseau semble bientôt montrer des disponibilités particulières. Il voit une licorne par exemple, et parvient aussi à faire fondre les armes. Serait-il une sorte de sauveur ? Ou est-ce bien plutôt son attitude, celle du résistant à l’oppression qui lui donne ces facultés ? Quand un mur se dresse tout soudain hors de terre, il ne se soumet pas et se montre dès lors le seul à pouvoir passer au travers.

J’aime tout dans cet album, autant l’histoire que le graphisme. Les deux se fondent parfaitement et créent un terrible sentiment d’étrangeté et d’oppression, qu’accentue le fond noir des pages. On a l’impression d’être dans un pays en guerre ou sous une dictature, tout est misérable et dangereux mais tellement sublimé par les ombres et la lumière, la chaleur des couleurs et la part de rêve que les épisodes les plus cruels (le chat abattu dans le dos, série de cases superbes, sans un mot ; la défenestration du chien ; le tableau de guerre ; la scène de cirque finale) sont magnifiés.

Au pays de la mémoire blanche est un album coédité avec Amnesty International : « A travers la quête d’identité et le travail de mémoire du héros de ce livre, ce sont aussi les exigences d’humanité, de justice et de liberté qui sont ici abordées. Un album rare et essentiel qui traverse de manière subtile des problématiques fondamentales, au coeur des combats d’Amnesty International.« 

Je débarque certainement, car Stéphane Poulin a déjà illustré plusieurs albums jeunesse  parus en France (Vieux Thomas et la petite fée de Dominique Demers, Petit zizi et Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte de Thierry Lenain…etc.). C’est pour moi une magnifique découverte.

Au pays de la mémoire blanche, Stéphane Poulin et Carl Norac, Sarbacane, octobre 2011, 128 pages (150 illustrations), 25€ 

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