Jeunesse

Le dernier hiver – Jean-Luc Marcastel

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Nous voici à nouveau plongés dans un monde post-apocalyptique qui n’a connu ni la bombe, ni la guerre, mais un climat détraqué et un ciel obscurci. Petit à petit, le ciel est devenu rouge, ne laissant pour toute saison qu’un éternel crépuscule. Il peut faire froid, très froid à Aurillac (on le savait déjà…), mais la neige omniprésente rend les températures quasi invivables. Les seuls à s’épanouir dans ce contexte sont les pins qui ne cessent de progresser et d’envahir les terres conquises de longue date par les Hommes. Jour et nuit, ceux-ci doivent se battre pour lutter contre l’invasion, non qu’ils n’aiment pas la nature, mais celle-ci présente certains aspects extrêmement néfastes à leur survie : ces pins qui forment la Malesève mangent les hommes. Pour mieux se nourrir, ils ont muté et peuvent sonder les esprits, prendre forme humaine.

Autant dire qu’il ne fait pas bon voyager. Pourtant, n’écoutant que son coeur amoureux, Yohan décide de partir pour Bergerac où sa douce Léa est partie avec sa famille. C’est qu’il l’aime depuis l’enfance, pas question de rester séparé d’elle. Théo, en brave frère, décide de l’accompagner. Khalid, leur ami de toujours est de la partie lui aussi : les voilà tous trois partis en motoneige, suivant un cours d’eau gelé que la Malesève a épargné. Mais voilà que Fanie la têtue les a suivis, et que l’intrigue amoureuse se resserre avec Théo qui aime Fanie qui aime Johan qui aime Léa. Heureusement, Khalid aime Sarah, restée au bercail…

Ils vont devoir se battre, contre les pins mais aussi contre les hommes car dans cette atmosphère de fin du monde, des groupes se sont formés avides de domination et de pouvoir. Le danger exacerbe les passions et les violences, comme vont le découvrir ces jeunes protagonistes.

Disons-le tout de suite, le gros point faible du roman, c’est le côté sentimental nunuche qui tourne souvent au ridicule à cause de phrases d’un poétique risible. C’est comme si l’auteur avait rajouté ici et là quelques clichés romantiques pour plaire aux jeunes filles, alors que son intrigue n’en avait nul besoin.

« …ses longs cheveux de soie nocturne, aux reflets de flamme, ses grands yeux d’acajou où couvait le feu, un feu doux et ardent tout à la fois, à lui seul réservé, tout en elle, clamait sa majesté. »

Car l’idée de départ est bonne, originale même avec ces arbres mutants qui prennent leur revanche sur l’humanité. Étrange, inquiétant, il règne dans ce roman une atmosphère oppressante, une terreur lourde et bien maîtrisée.

« La Malesève, contrairement à ce que croyaient la plupart des gens, était bien plus qu’une simple forêt. Elle était une, un seul et gigantesque organisme dont chaque pin n’était qu’un fragment, un être qui, pour survivre, étendait sur le monde ses armées de résineux aux longues aiguilles, comme autant de capteurs solaires… et de bouches nourricières. »

Les jeunes protagonistes sont amenés à se poser des questions très intéressantes au cours de leur périple, notamment sur le pouvoir et la domination, sur la manipulation des esprits en période de crise. Sur la légitimité du pouvoir aussi, la place des femmes et le libre-arbitre. Bref, bien des thèmes qui n’avaient pas besoin de s’encombrer de digressions cucul la praline. On pourra m’objecter que je suis trop vieille pour ce genre de littérature et pas romantique pour un rond, c’est vrai. Mais il me semble pouvoir dire que les clichés l’emportent ici sur la sincérité et le naturel.

Cependant, ce qui est pour moi un inconvénient pourrait se révéler pour d’autres un avantage. Un livre donc à conseiller pour ses nombreuses qualités aux lectrices adeptes de romance.

Jean-Luc Marcastel sur Mes Imaginaires

 

Le dernier hiver, Jean-Luc Marcastel, Hachette Jeunesse (Black Moon), 473 pages – 16€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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