D’or et d’émeraude – Eric Holstein


D'or et d'émeraude

Si vous avez comme moi été moyennement emballé par le précédent et premier roman d’Eric Holstein, Petits arrangements avec l’éternité vous pouvez l’oublier : celui-ci est beaucoup mieux. Vraiment beaucoup mieux. Il faudra certes, pour l’apprécier, que l’amateur d’uchronie se double d’un amateur de romans historiques, en particulier de ceux qui retracent l’épopée des conquistadores.

Trois parties, trois époques, un lieu.

Le jeune Simon, né en Colombie et adopté par un couple de Français, arrive à Bogota pour se confronter à son pays d’origine. Ses parents adoptifs ne lui ont jamais caché sa naissance et leur parcours, mais il a envie d’en savoir plus, après vingt-cinq ans de quasi indifférence. Il s’intègre facilement à la jeunesse locale, mais se sent observé par un homme vraiment patibulaire. Ce dernier le mène jusqu’à son père génétique.

1536 : le capitaine Gonzalo Jiménez de Quesada et ses troupes arrivent en terre muisca. S’ils ne font qu’une bouchée des Indiens effrayés qui les prennent pour des dieux, les Espagnols succombent eux aussi aux terribles conditions imposées par la conquête. Et si quelques dizaines d’entre eux viennent à bout de plusieurs milliers d’Indiens, ils ne font pas le poids face à Sugansua et ses Farcachas. Qui est ce jeune homme ? Cherche-t-il à prendre la place des rois indiens ou à fédérer les différentes tribus ?

Et si les Espagnols n’avaient pas écrasé les Indiens, si ceux-ci avaient mis en place une fédération qui aurait acquis puissance et considération jusqu’à devenir un acteur important sur le marché international ?

La violence serait-elle une malédiction ? Longtemps considérée comme l’un des pays les plus dangereux du monde, la Colombie d’aujourd’hui s’apaise. C’est dans ce contexte que se déroule la première partie de D’or et d’émeraude, cependant traversée par la présence des FARC, de la guérilla, du narcotrafic et surtout dominée par la culture espagnole, rouleau compresseur et uniformisateur qui a écrasé les cultures indiennes, que l’influence nord américaine a ensuite un peu plus étouffée. Il reste pourtant encore quelques vieilles légendes, notamment celle de Bochica, dieu civilisateur des Muiscas.

Eric Holstein connaît la Colombie, il y a fait plusieurs séjours, y a adopté des enfants et la restitue avec une vivacité qui emporte l’adhésion. Les descriptions fourmillent de détails, on imagine cette jeunesse vivante et une ville avide de profiter de tout, même si la misère est plus que jamais présente. On le sent concerné et touché par le sort des Indiens au point d’imaginer une Histoire alternative : et si les Espagnols ne les avaient pas écrasés, que seraient devenues les multiples ethnies ?

On pense bien sûr au livre de Silverberg, La porte des mondes, qui met en scène une Amérique du Sud des années soixante, alors qu’Aztèques et Incas se sont développés et ont prospéré. L’angle d’Eric Holstein est différent puisque les conquistadores ont bien mis les pieds en terre américaine. La deuxième partie donne ainsi lieu à un superbe récit de conquête, on suit à la trace l’avancée de Quesada et de sa troupe, les dissensions qui naissent, les querelles puis les conflits qui agitent ces hommes pour la plupart violents et destructeurs. Ils cherchent l’El Dorado, exploitent et maltraitent la population locale au nom de Dieu et de l’argent.

Cette seconde partie est passionnante, j’aurais bien lu, je crois, tout un roman d’Eric Holstein sur la conquête espagnole. Les descriptions sont précises, détaillées, on imagine derrière un gros travail de recherche sans pour autant en être assommé. J’ai, il y a longtemps, débuté ma longue carrière d’étudiante par un DEUG d’espagnol par intérêt pour les cultures pré-colombiennes (suite d’ailleurs à un coup de foudre littéraire pour Azteca de Garry Jennings). Ce fut donc un plaisir de les retrouver ainsi romancées et exploitées par un imaginaire qui maîtrise aussi bien les aspects sociaux, politiques et culturels de ces civilisations.

La troisième partie, celle qui développe l’uchronie, comporte quelques longueurs mais découle intelligemment de l’alternative mise en place, en tenant compte aussi de la situation mondiale actuelle.

Alors que son premier roman souffrait d’un style lourd et artificiel, qui voulait copier le parler parisien et développer un humour franchouillard, Eric Holstein trouve avec D’or et d’émeraude une voix beaucoup plus convaincante et naturelle. Le récit est tout de suite prenant, le lecteur s’interroge, et plongé subitement dans une autre époque, cherche à faire des liens, reste en attente permanente de ce qui va se passer. C’est une lecture stimulante à bien des égard, un roman d’aventures humaniste et intelligent.

Eric Holstein sur Mes Imaginaires

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D’or et d’émeraude, Eric Holstein, Mnémos, mars 2011, 344 pages, 19,50 €

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Je pourrais le faire court : « belle couverture, post-apo, cf. La Route en moins bien ». Mais un premier roman mérite mieux, même si j'ai peiné à le finir malgré son petit nombre de pages. Une société de peu après la catastrophe, dont la conséquence immédiate est le jour permanent. Beaucoup de morts…
Nous voici à nouveau plongés dans un monde post-apocalyptique qui n'a connu ni la bombe, ni la guerre, mais un climat détraqué et un ciel obscurci. Petit à petit, le ciel est devenu rouge, ne laissant pour toute saison qu'un éternel crépuscule. Il peut faire froid, très froid à Aurillac…

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