Jeunesse

La société des S – Susan Hubbard

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Ari a treize ans, elle vit à Saratoga Springs dans l’état de New York de nos jours. Sauf que sa vie n’a rien à voir avec celle des jeunes Américains d’aujourd’hui : elle ne sort pratiquement pas de sa maison victorienne, c’est son père qui pourvoie à son éducation.

« J’avais lu des passages de la Bible, du Coran, de la Kabbale, du Tao-tö-King et de la Bhagavad-Gita et des écrits de Lao-tseu – mais c’étaient avant tout des textes littéraires et philosophiques, que nous questionnions en tant que tels avec mon père. Nous n’observions aucun rite religieux : notre seul culte était celui de la pensée. Et plus précisément, le culte de la vertu et de la vie vertueuse. Platon recensait quatre vertus essentielles – la sagesse, le courage, la tempérance et la justice – auxquelles une éducation disciplinée devait permettre d’accéder. »

 

Ari n’est pas malheureuse, elle ne se sent pas seule ou différente puisqu’elle ne connaît pas d’autres modes de vie (pas de télé ni d’ordinateur à la maison). Mais elle grandit et Mrs McGarritt, celle qui depuis toujours lui prépare ses repas et s’occupe du quotidien, s’en rend compte. Avec l’accord de Raphael Morelo, le père d’Ari, elle lui fait passer un week-end chez elle, avec ses dix enfants, et la jeune fille s’interroge, sans pour remettre en cause son éducation.

 

Il y a de quoi s’interroger puisqu’Ari n’a jamais connu sa mère, disparue. Disparue comment ? Elle l’ignore et ne peut questionner directement son père sur le sujet. Pas plus que sur son apparence toujours jeune, sur son aspect flou sur les photos, sur les recherches auxquelles il se livre dans la cave avec son ami et collègue Dennis. Des recherches sur le sang. Quand elle voit un film de vampires chez les McGarritt, elle décide de faire des recherches sur Internet, puis de parler à son père. Car si il est un vampire, qui est-elle, elle-même ? Et sa mère, qui était-elle, pourquoi est-elle partie ?

 

Des vampires encore, mais des vampires d’une très grande érudition et dépourvus de tout l’attirail classique. Le père d’Ari est un scientifique qui vit retiré du monde. S’il fait partie de la catégorie des vampires sexy, c’est loin d’être sa principale qualité. Ténébreux certes, mais surtout érudit et terriblement intelligent et énigmatique. Bref, séduisant…

Autre grande différence avec les vampires traditionnels : la très belle écriture de Susan Hubbard. Le père et la fille s’expriment dans une langue soutenue, et même quand elle écrit dans son carnet, Ari utilise un vocabulaire très riche et une langue harmonieuse, loin des dialogues téléphonés si à la mode dans ce genre de littérature.

Le rythme est très tranquille, on prend le temps de faire connaissance avec cette jeune fille différente, on s’interroge avec elle sur son père, même si on comprend rapidement sa nature, on a envie d’en savoir plus. Quand elle entre en contact avec des jeunes de son âge, les relations s’installent naturellement et quand un drame survient, qui va pousser Ari à quitter son père, on est un peu comme elle, sous le choc.

La jeune fille va aussi devoir découvrir et faire avec sa véritable nature métis, mi humaine, mi vampire, et donc apprendre à faire des choix, comme tout adolescent. Ses hésitations, ses doutes, ses peurs, ses plaisirs, tout semble d’une grande authenticité et surtout assez nuancé et subtil pour sonner juste.

 

Un roman de vampire (premier volume d’une série) qui évite heureusement le sentimental et qui se démarque par une très belle écriture.

 

La société des S (2007), Susan Hubbard traduit de l’anglais (américain) par Marion Danton, L’École des Loisirs (Médium), avril 2011, 392 pages, 16,80 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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