Jeunesse

Les cornes d’ivoire / 1 – Lorris Murail

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Premier tome d’une trilogie dans laquelle Lorris Murail propose une situation originale : l’Europe (ici, le Septentrion) a été dévastée par la peste et l’Afrique s’est développée, notamment grâce au trafic d’esclaves blancs, les cornes d’ivoire. On ne sait pas de quand date l’épidémie, mais on comprend que les Blancs sont esclaves depuis déjà bien des générations quand commence ce premier tome.

Mari est une jeune fille de quinze ans. Ses parents effectuent des travaux de force mais grâce à sa beauté et à son caractère conciliant elle travaille dans la maison de ses maîtres à Ker Samba. Elle est la demoiselle de compagnie de la petite dernière, une vraie peste dont elle supporte les caprices sans broncher pour préserver sa situation privilégiée. Mais au village, les autres esclaves ne a considèrent pas comme l’une des leurs, elle est trop belle et trop propre…

Un des fils des maîtres, Kagere, semble s’intéresser à elle de bien trop près. Mais elle ne veut céder à personne, même si on murmure qu’elle n’est qu’une traînée. Mais Kagere lui demande un étrange service : aller porter une arme et des munitions dans la forêt à un groupe de rebelles. En échange, ceux-ci lui donnent un paquet à remettre au jeune homme, une drogue qui l’amène aux portes de la mort. Le complot est démasqué et Mari envoyée à la ville pour être vendue au marché aux esclaves.

Ce tome de cinq cents pages n’échappe pas à quelques longueurs cependant Lorris Murail nous livre un texte vraiment imaginatif. On ne sait pas à quelle époque il se situe, mais le développement industriel de cette Afrique alternative est quasi inexistant, ou plutôt à ses débuts. On y croise pourtant des ingénieurs considérés comme fous qui travaillent sur des plans venus du Nord lointain, ressemblant terriblement à ceux d’un Léonard de Vinci… La société afirikaine ressemble à celle des États-Unis esclavagistes. Les Blancs sont exploités, leurs droits sont inexistants, on les insulte et leur vie n’a de valeur qu’en temps que force de travail. Cette vision est hautement pessimiste puisqu’elle induit que où que ce soit, quelle que soit la couleur de sa peau, l’Homme cherchera à exploiter son semblable plus faible pour acquérir richesse et puissance…

Les personnages sont tous intéressants, au premier rang desquels Mari, une héroïne éprise de liberté qui rêve de découvrir la terre de ses ancêtres. Les personnages de la famille des maîtres sont assez traditionnels dans leur rôle, même si l’intérêt du maître pour l’industrie naissante et sa soumission à sa femme (à son argent) lui confèrent un peu d’originalité. C’est une fois arrivée en ville que Mari rencontre des personnages plus consistants, des baroudeurs mystérieux, tueurs à l’occasion, trafiquants toujours. Le personnage le plus réussi est à mes yeux Birayma Penda, l’inventeur fou, d’une grande sagesse en fait, et qui sera très vraisemblablement au rendrez-vous du prochain tome : tant mieux.

Cette inversion des rôles porte bien sûr à la réflexion sur le sens de l’Histoire, le racisme…etc., mais c’est aussi un roman d’aventure avec de nombreux rebondissements, un roman social bien sûr et un roman d’apprentissage aux côtés d’une jeune fille qui doit faire face à des dilemmes, affronter ses peurs, faire des choix et se défendre pour survivre. Un roman complet en quelque sorte, tout à fait convaincant.

Lorris Murail sur Mes Imaginaires

 

Les cornes d’ivoire / 1 : Afirik de Lorris Murail, Pocket Jeunesse, mars 2011, 512 pages, 17.90 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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