Les Aventures fantastiques d’Hercule Barfuss – Carl-Johan Vallgren


Vallgren.jpg

« L’enfant qui par miracle s’était tant bien que mal frayé une voie jusqu’à ce monde n’était qu’une quintessence des difformités humaines. La tête qui émergeait du sein de sa mère était si grotesquement énorme qu’elle lui avait écartelé les os du bassin. La face était tournée vers le médecin qui, figé d’horreur, osait à peine la regarder. Un tel bec-de-lièvre la défigurait qu’elle ne possédait ni nez ni narines ; à la place béait au milieu du visage une crevasse violacée, tel un cratère dont le rebord déchiqueté s’arrêtait à hauteur des yeux. Le crâne, dépourvu de cheveux, se hérissait d’excroissances étranges qui faisaient penser à de noirs escargots fossiles. La langue était fendue comme celle d’un serpent. Des bosselures déformaient les tempes. »

Tel naquit Hercule Barfuss dans un bordel de Königsberg un soir d’hiver 1813. Il était nain et n’avait pas de mains, et pour parfaire le tableau, était sourd-muet. En même temps que lui naquit d’une autre prostituée Henriette, sa sœur de lait, sa première amie, son grand amour. Il passa là les dix premières années de sa vie, relativement tranquille, loin des yeux du monde. Mais quand la maison dut fermer ses portes, c’est dans un asile d’aliénés qu’il vécut pendant sept ans, enchaîné comme un animal, frôlant la folie, ne résistant qu’au seul espoir de retrouver un jour Henriette. C’est un jésuite qui le sort de là et l’emmène dans son couvent de Haute-Silésie. C’est presque un vieux sage que cet homme-là et il comprend rapidement que si Hercule ne peut pas communiquer comme les autres, il a néanmoins un don : il lui parle dans sa tête. Le vieil homme ne condamne pas, mais il s’interroge sur la nature de son protégé, qu’il décide de montrer à Rome, où commence le nouveau calvaire d’Hercule. Car la Sainte Inquisition a des méthodes bien à elle pour faire sortir le Diable des créatures immondes comme celle-là.

C’est avec un mélange de fascination, de répulsion et de pitié que le lecteur suit les truculentes aventures de ce nain difforme et télépathe qui contre toute attente, vivra jusqu’à cent un ans. Sa vie ne nous est contée que jusqu’à son départ pour l’Amérique en 1838, mais il aura eu le temps de beaucoup souffrir, d’aimer et de se venger.

Il peut non seulement lire dans les pensées mais aussi dialoguer avec ceux qui en sont aussi capables, influencer les esprits qu’il pénètre au point de les manipuler et de leur faire commettre des actes contre leur propre volonté. Il est dès lors facile de ruiner, ridiculiser, faire souffrir et même suicider ses anciens tortionnaires, assassins et profiteurs de tout poil.

Hercule Barfuss n’est pas le premier freak qu’on croise, et comme souvent, ce personnage permet de s’interroger sur la véritable humanité et sur la monstruosité morale d’êtres réputés normaux. Hercule est bien plus sensible et bien plus intelligent que les puissants qui se plaisent à l’écraser, à faire de lui le repoussoir de toutes leurs peurs. Et il est bien sûr bien plus miséricordieux et charitable que tout le personnel du Vatican réuni…

Mais Les Aventures fantastiques d’Hercule Barfuss c’est aussi, et peut-être avant tout un destin rocambolesque et hors du commun dans l’Europe de la première moitié du XIXe siècle, bouillonnante de sciences, d’industrie et d’idées nouvelles. Une ambiance très bien restituée sur un rythme picaresque qui jamais ne faiblit. Certains aspects sont bien sûr difficilement crédibles (Hercule parvient à « parler » avec n’importe qui dans sa langue alors que lui-même n’en a jamais entendu aucune…), même si l’auteur tente de les justifier. Pour mieux asseoir son histoire, il y inclut certains éléments historiques célèbres, et d’autres moins, comme l’établissement d’une communauté de sourds très prospère sur Martha’s Vineyard, île au large du Massachusetts.

Mais que valent de petites incohérences au regard d’un vrai plaisir de lecture ? Cet Hercule Barfuss détient un charme indéniable, par la précision de ses descriptions très évocatrices, son ton rocambolesque, son histoire d’amour, et le terrible réalisme posé sur un vieux continent en pleine mutation, là où jadis naquit l’humanisme…

Les Aventures fantastiques d’Hercule Barfuss, Carl-Johan Vallgren traduit du suédois par Martine Desbureaux, Lattès, janvier 2011, 356 pages, 20,90 €

.
.

Pour recevoir un mail à chaque nouvel article publié :

.

Jonathan Starling et Ricky Thomas sont deux jeunes adolescents londoniens comme les autres, ou presque. En fait, ils vont se rendre compte qu'ils ont quelque chose d'un peu spécial quand ils vont être poursuivis de façon insistante par une belle femme aux cheveux roses et ses deux acolytes. Si Ricky…
Hal se réveille : il a perdu la mémoire. Il ne sait pas où il est, il arrive dans une grande maison qu'il ne reconnaît pas, il ne se voit pas dans le miroir et il a le sentiment d'avoir tué Lazare sans savoir de qui il s'agit. Puis tout…

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *