Grendel – John Gardner


grendelJe n’ai malheureusement pas lu Beowulf, poème majeur de la littérature anglo-saxonne, écrit au VIIe siècle et retraçant les exploits du héros éponyme. Tout ce que je savais du Grendel avant d’ouvrir cette réédition du roman de John Gardner (première traduction en français : 1974), je le devais à quelques recherches autour du Gollum de Tolkien et au film de 2007 de Robert Zemeckis avec Angelina Jolie et Anthony Hopkins… oui, c’est lamentable, mais j’ai quand même échappé à la version de 1999 avec Christophe Lambert qui n’a fort heureusement pas laissé de traces dans les annales du cinéma.

Bref, le Grendel, c’est le méchant, l’abominable monstre cannibale, qui terrorise le Danemark et sera vaincu par Beowulf (d’après le film précédemment cité, à mains nues et le reste aussi, mais cela est encore à prouver…) qui tuera ensuite sa mère et l’infâme dragon qui saccage la région.

John Gardner choisit de ne pas prendre l’angle héroïque de ce poème épique, mais de donner la parole au monstre. Adieu donc exploits hagiographiques, place au « tableau vu du point de vue des diables, avec des saints qu’on entrevoit parmi les arbres » (JohnGardner dans la préface). Le Grendel raconte sa lutte contre les hommes, sa rencontre avec le dragon, son ultime combat contre Beowulf. A la vérité, ce dernier est bien court : une clé de bras et hop, c’en est fini du monstre invincible qui la veille encore buvait le sang de ses victimes à même l’artère. De manière générale d’ailleurs, ceux qui cherchent combats et action en seront pour leurs frais : ils sont ici bien rares. La priorité est donnée à l’introspection, voire même à la philosophie à l’occasion d’une discussion avec un dragon plus que sage.

Ce texte ne pouvait donc que plaire au philosophe qu’est Xavier Mauméjean qui donne en postface sa lecture de ce texte, à la lumière d’un drame familial qui frappa l’auteur tout juste adolescent. La démonstration est très pertinente et fait oublier les quelques passages un peu longs du texte lui-même. John Gardner n’est jamais loin du Grendel, jusque dans ses aspects les plus terribles et surtout dans sa vision extrêmement pessimiste du monde. Pour l’un comme pour l’autre, la vie est tragédie ; la dire (ou l’écrire) revient à avouer une douleur primordiale.

« Je parle et je parle, je tisse un sortilège, une pâle peau de paroles qui m’enferme comme un cercueil. Pas dans une langue que personne entende encore. Giclées de bruits, marmonnements qui dégénèrent, je les crache devant moi dans tous les coins où je me glisse, tel un dragon calcinant son chemin à travers lianes et brouillards.« 

C’est la profonde humanité du monstre qui affleure ici, tour à tour violent, pathétique, incompris et dubitatif face aux actions des hommes. Au final, où est le monstre ?

Grendel (1971), John Gardner traduit de l’anglais (américain) par René Daillie, Denoël (Lunes d’encre), janvier 2011, 184 pages, 17 €

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