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Artères souterraines – Warren Ellis

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« J’ai ouvert les yeux pour voir le rat pisser dans mon mug. Un énorme salopard marron, le corps comme un étron sur pattes et des petits yeux ronds pleins d’une sagesse secrète de rongeur. Avec un soupir hautain, il a sauté au bas de la table et s’est précipité dans le trou du mur où il avait passé les trois derniers mois à m’emmerder. »

Ce n’est que le début et tout le livre continue dans ce rythme et sur ce ton. Autant dire que les pudibonds peuvent passer leur chemin. Par contre, ceux qui cherchent à mettre un peu d’originalité dans leur vie sexuelle pourront en tirer profit, voire plus, car Michael McGill, détective privé de son état, et de fait glandeur impénitent, va se trouver confronter aux pratiques les plus surprenantes, répréhensibles parfois, hilarantes souvent.

Alors qu’il lui reste à peine quatre dollars sur son compte en banque, Michael McGill est contacté par le chef de cabinet du président des États-Unis pour retrouver la seconde Constitution du pays, « un document rédigé par plusieurs des Pères fondateurs. Il met en lumière leurs véritables intentions pour la société américaine, il contient vingt-trois amendements qui ne peuvent être lus que par le président, le vice-président et le chef de cabinet. C’est un petit volume écrit à la main et soi-disant relié avec la peau d’une entité extra-terrestre qui aurait inspecté le cul de Benjamin Franklin pendant six nuits à Paris, au cours d’un de ses voyages en Europe. » Le chef de cabinet transfère un demi-million de dollars sur le compte de Mike et le charge de retrouver le livre perdu quand Nixon l’a échangé dans les années 50 contre les faveurs d’une Chinoise. Parce qu’avec ce livre aux propriétés incroyables, l’Amérique va retrouver son visage d’antan, à coup de lectures publiques dans les stades bondés, il va hypnotiser les foules et rendre au pays sa pureté, loin de toutes les perversions humaines qui le gangrènent.

Sauf que pour mettre la main sur ce livre, Mike va devoir tâter d’à peu près toutes les perversions en question, en commençant par se faire injecter une solution saline dans les testicules, dernier trip à la mode dans l’Ohio. Mais il y aura aussi le Texas, Las Vegas, Los Angeles… car c’est pour un road movie des pervers qu’embarquent Mike et sa charmante compagne Trix, complètement nymphomane. Autant dire que le jeune détective va en croiser dans sa quête du Livre, globalement sur le mode humoristique, mais pas que.

Parce qu’en proposant à son lecteur de parcourir cette belle galerie de dingues, Waren Ellis, ne fait pas que rire de celles qui se font rétrécir le vagin et de ceux qui manient le plug anal en forme de petit Jésus. On voit se dessiner derrière ce grand n’importe quoi, la notion essentielle de liberté individuelle : quel mal y a t-il à se shooter à la merde de singe ? Pourquoi ne pas prendre son pied en forniquant avec des autruches ou se faire greffer des poils sur la poitrine ? A part les autruches, ça gène qui ? Essentiellement les ligues de vertus et les principes des gens de bien qui ne pratiquent guère mais s’intéressent au plus haut point aux pratiques sexuelles de leurs voisins. Liberté sexuelle dit Warren Ellis, même ridicule… La limite se situe juste là où l’un des partenaires est contraint, drogué, violenté car la liberté est aussi celle de choisir.

J’imagine bien que tout le monde n’est pas preneur de ce genre d’humour bien gras et d’une intrigue à peine consistante qui sert surtout de prétexte à un inventaire des perversions actuellement disponibles sur le marché. Les amateurs devraient y trouver leur compte. Pour ma part, j’ai trouvé certaines carrément hilarantes, complètement loufoques et improbables et pourtant, certaines personnes ne sont-elles pas capables de se tripoter avec un gant en lézard en regardant Godzilla au cinéma ? J’aimerais être affirmative sur ce point, mais je me méfie…

Artères souterraines (2007), Warren Ellis traduit de l’anglais par Laura Derajinski, Au Diable Vauvert, août 2010, 295 pages, 18 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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