Jeunesse

Un endroit où se cacher – Joyce Carol Oates

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Jenna, quinze ans, a survécu à l’accident de voiture ayant coûté la vie à sa mère. Elle ne peut s’ôter de l’esprit qu’elle en est peut-être responsable. Pétrie de culpabilité, elle doit pourtant reprendre le cours de sa vie. Elle refuse d’aller vivre chez son père, homme d’affaire débordé et superficiel parti du foyer familial trois ans auparavant, et accepte d’emménager chez sa tante Caroline, sœur de sa mère, son oncle Dwight et leurs deux jeunes enfants. Nouvelle maison, nouveau lycée, mais pas de nouveaux amis car Jenna vit très renfermée.

Ce dont elle a besoin, ce n’est pas de l’attention de sa tante ni des questions des autres lycéens, mais de retrouver le bien-être qu’elle éprouvait quand à l’hôpital, elle était sous analgésiques et pouvait se perdre « dans le bleu ». Nul souci, nul chagrin ne pouvait l’atteindre, elle était bien. Mais plus ses blessures physiques guérissent et moins on lui prescrit d’anti-douleur, plus question de planer, Jenna doit affronter la réalité. Elle commence alors à fouiller dans la pharmacie de ses oncle et tante, puis à fréquenter une jeune fille du lycée adepte des substances médicamenteuses qui permettent de ne pas avoir à faire face.

C’est un livre très sensible sur la perte, le deuil et la difficulté de faire face. Joyce Carol Oates décrit les terribles émotions contradictoires qui assaillent Jenna après la mort de sa mère avec beaucoup de justesse et sans sensiblerie. La jeune fille est perdue, elle refuse l’amour qu’on lui porte alors qu’elle en a terriblement besoin et se perd dans des jeux dangereux qui lui permettent de jouer avec la mort qu’elle a frôlée et où se trouve le seul être qu’elle aime. Joyce Carol Oates n’est plus une jeune fille et pourtant, le ton est très juste, sans trop en faire.

L’avantage quand on ouvre un livre de cette auteur, c’est qu’on sait que ça ne finira pas par un happy end où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Ce que raconte Joyce Carol Oates, c’est la vie, pas des histoires qui finissent bien pour rassurer le lecteur, même adolescent.

Un endroit où se cacher (2006), Joyce Carol Oates traduite de l’américain par Dorothée Zumstein, Albin Michel (Wiz), février 2010, 299 pages, 13,50 €

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