Zone Est – Marin Ledun


Zone Est

La SF s’invite de plus en plus souvent dans la littérature générale, ça devient une banalité que de le dire. Ici, c’est un auteur habitué du roman policier qui choisit de situer son intrigue au XXIe siècle, dans une bonne trentaine d’années, alors qu’une partie de la population française est retranchée derrière un mur, en zone Est.

Par ces quelques mots, j’en ai déjà dit trop sur l’intrigue de Zone Est qui comporte plus d’un retournement. Au tout début, le héros narrateur, Thomas Zigler, est en pleine mission : il doit récupérer la mémoire de sa cible en lui volant ses données internes, un peu comme on s’introduirait dans un ordinateur en effaçant ses données après opération. C’est un habitué de ce genre d’opération, un spécialiste même, et pourtant cette fois, ça ne se passe pas exactement comme d’habitude. Thomas s’interroge : son efficacité est peut-être mise à mal en raison des douleurs qu’il ressent depuis quelques temps dans ses yeux artificiels…

Il n’a pas que les yeux d’artificiels Thomas, il a aussi ses poumons, ses bras et d’autres parties de son corps reformatées selon les dernières technologies bio-médicales. Il faut dire que le nanovirus qui a valu l’enfermement de la population en zone Est a créé des handicaps et des malformations irréversibles (en rongeant systèmes nerveux et organes vitaux) sans recours à des implants et autres prothèses artificielles. Ce besoin vital a transformé certains laboratoires pharmaceutiques en consortiums très puissants et les êtres humains en quasi cyborgs. Ce que va découvrir Thomas Zigler, c’est qu’il a été vraiment naïf de penser que les laboratoires ne travaillaient qu’au service de l’humanité et que les enjeux sont bien supérieurs et bien gardés.

J’ai discuté il y a peu avec une amatrice de polars, et de Marin Ledun, qui m’a dit être assez déconcertée par Zone Est. L’aspect anticipation l’a franchement rebutée et les conflits d’intérêts entre gouvernement, laboratoires et les diverses forces clandestines de la zone Est ont eu raison de son intérêt déjà noyé dans les cyber technologies. Il est vrai que ceux qui s’attendent à un roman policier traditionnel, ou même à un polar seront surpris par cette dystopie scientifique et musclée.

Les amateurs de SF par contre ne seront pas dépaysés, ça n’est pas la première fois qu’on enferme des humains en s’en servant comme cobayes. De même, la question de l’identité humaine (jusqu’à quel degré de modifications un homme reste-t-il un homme ?) n’est pas nouvelle (Theodore Sturgeon).

La réception de ce roman dépend donc du point de vue d’où on se place. Et de son degré d’affinité avec les courses-poursuites et les gros flingues, tout l’attirail du film livre d’action efficace et très rythmé. Je ne suis personnellement pas très cliente, mais le héros-narrateur retient l’attention par ses faiblesses, ses interrogations et son statut de victime : il est celui qui se fait avoir, et le lecteur à envie de savoir par qui et pourquoi.

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Marin Ledun, Zone Est, Fleuve Noir, janvier 2011, 401 pages, 19.90 €

 

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