Jeunesse

Les portes – John Connolly

Connolly 2

Après le grand plaisir de lecture que fut Le livre des choses perdues (Grand Prix de l’Imaginaire  – Étonnants Voyageurs 2010 catégorie roman jeunesse étranger), c’est avec envie mais non sans inquiétude (allait-il être aussi bien ?), que j’ai ouvert le dernier roman jeunesse traduit en France de l’écrivain irlandais. Alors, disons-le dès le départ, si l’on retrouve ici le dynamisme du scénario, l’humour et les personnages efficaces, Les portes est loin d’atteindre à l’originalité et à l’atmosphère effrayante de son prédécesseur.

L’histoire elle-même a un petit goût de déjà-vu. Un jeune garçon,  Samuel, bien plus malin que les autres surprend une messe noire chez ses voisins, qui va déclencher le déferlement sur Terre de créatures démoniaques. Leur passage d’un monde à l’autre a été rendu possible grâce à l’utilisation plus hasardeuse que scientifique du Grand Collisionneur de Hadrons, un accélérateur de particules censé reproduire les circonstances du Big Bang. Le Diable et ses sbires profitent d’une brèche pour enfin s’approprier notre bout d’espace, aidés en cela par la délicieusement démoniaque Mrs Abernathy et par la confusion qui règne en cette fête d’Halloween.

Ce qu’on a déjà lu : la fête d’Halloween propice à la confusion entre vraies créatures maléfiques et enfants déguisés ; le déferlement de forces démoniaques et pas très malignes ; le binoclard surdoué que personne n’écoute alors qu’il a tout compris (bon d’accord, il peut citer saint Thomas d’Aquin, ça n’est pas courant…) ; la belle dame sadique qui sent le souffre et lui en veut à mort. Même la forme d’humour consistant à prolonger le récit dans des notes de bas de page, a déjà été expérimentée avec succès par Jonathan Stroud.

Bref, il n’y a pas grand-chose de nouveau dans tout ça. Les jeunes lecteurs le liront cependant certainement avec plaisir car ces ingrédients, pour ne pas être originaux, n’en sont pas moins efficacement utilisés. Le mélange de données scientifiques et d’éléments fantastiques fonctionne par ailleurs bien et je me suis prise d’un intérêt de plus en plus ému pour  Nouillh, le Fléau des Cinq Démons, tellement enthousiaste et incompris, un brave démon dans le fond…

La déception vient plutôt du manque de profondeur du personnage de Samuel et d’ambition du roman en général. Les portes est un divertissement horrifique honnête pour jeune lecteur, alors que Le livre des choses perdues était un roman formidable et original sur le passage à l’âge adulte. Ça fait quand même une différence…

John Connolly Sur Mes Imaginaires

Les portes (2009), John Connolly traduit de l’anglais par Pierre Brévignon, L’Archipel, septembre 2010, 312 pages, 18.50€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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