Adultes

May le monde – Michel Jeury

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J’aurais aimé acclamer avec les fans le come back de Michel Jeury à la science-fiction… Malheureusement, après trois tentatives toutes aussi épuisantes les unes que les autres, je parviens péniblement aux alentours de la page cent vingt après avoir traîné ce livre comme un boulet pendant trois jours. J’abandonne, je n’en peux plus, bien des livres m’attendent.

Il ne m’a fallu que quelques pages pour comprendre que ce livre et moi, ça n’était pas gagné d’avance. Mais il est des livres qui se méritent ; je m’accrochais donc. Mais enfin cette langue invraisemblable a eu raison de ma bonne volonté qui s’est épuisée à déchiffrer et à essayer de comprendre son fonctionnement et sa raison d’être. Car enfin cette langue, c’est n’importe quoi. Elle ne respecte aucune loi ni phonétique ni linguistique et ni en 2022 ni jamais les Français ne parleront comme ça, de près ou de loin. Si l’auteur s’était penché sur les grandes lois de la phonétique, s’il avait un minimum étudié le fonctionnement de notre langue depuis l’ancien français et à partir de là imaginé une évolution possible, alors là, j’aurais dit chapeau. Mais ce que propose Jeury, c’est juste du Jeury et c’est très pénible à lire.

« Je t’écris en même temps qu’à mam’s pour aller plus vite. Il y a des choses que je peux pas lui dire et puis elle me répond jamais. Alors je t’envoie une lettre-âme. Espère-je que t’embabe pas trop. Au cas où j’aurais une autre vie j’aimerais être un mondo entier, grand mais pas plus de deux cents millions de chiteux d’humains. Mettons cinq cents au grand max. La mère Gaïa ne peut pas en garder plus, paraît. Donc, beaucoup d’oiseaux et de cerfs dans les bois, j’en passe et m’en bille. On rirait comme des dinos. Et pas d’hôpital. Personne serait malade, bande de. Tu serais pas infirmière, tu serais ma copine d’école (avant que je sois le mondo). Les virus seraient très occupés avec leurs coquines virusines, comme les cerfs avec les biches. Bon, c’est juste une grimmsie, une fine plaiserie… Mais on serait les cops des bêtes, on les boufferait pas. Quand même on serait pas végétariens, faudrait biller un truc.

Cent pages de cette eau-là et je frise l’apoplexie ! Un travail sur la langue ou de la poudre aux yeux pour y faire croire ? A chacun de choisir, moi, c’est fait.  Anthony Burgess a fait oeuvre originale et créative dans L’orange mécanique et pourtant à lire ce livre aujourd’hui, certaines innovations passent mal. Mais le livre de Michel Jeury étant déjà illisible aujourd’hui, je me demande ce qu’il en restera dans quarante ans… 

Dès lors que ce salmigondis linguistique accaparait mon attention, il m’était impossible d’accorder intérêt à une histoire qui semble ne se développer que très progressivement. Une jeune enfant, May, souffre d’une maladie du sang et son grand-père engage des gens pour la distraire pendant les vacances. On suit quelques uns de leurs échanges, les attentes de May se focalisant sur son père qui a disparu, probablement lors d’un voyage dans une vie secondaire. Car certains humains mènent plusieurs vies en parallèle, cherchant à rejoindre l’improbable Ville d’Or, sorte d’éden du voyageur. Il y a des voyages, des sauts, des changements et des identités flous qui ne semblent pas trouver l’apaisement et le bonheur dans la multiplicité. En plus d’une expression personnelle qui engendre la confusion, le livre est constitué de fragments kaléidoscopiques, formant peut-être un puzzle, je ne le saurai jamais et ne m’en soucie pas…

Michel Jeury sur Mes Imaginaires

May le monde, Michel Jeury, Robert Laffont (Ailleurs & Demain), septembre 2010, 403 pages, 22€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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