Steampunk ! – Etienne Barillier


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Vous ne direz plus jamais : « le steampunk, connais pas ». Etienne Barillier n’a pas raté sa vocation, c’est un excellent pédagogue, et son propos d’une grande clarté bénéficie d’un beau support très largement illustré qu’on prend un grand plaisir à feuilleter.

Il serait vain et ardu de reprendre ce que l’auteur explique très bien, en suivant d’abord un développement chronologique du genre, de ses prémisses (ah, Les Mystères de l’Ouest !) et de son émergence aux États-Unis, à son épanouissement en Europe, puis la diversification des supports (séries télévisées, films, jeux de rôle, comics, bandes-dessinées), des périodes historiques (l’Angleterre victorienne cède la place à la France du XIXe siècle ou à la Florence de la Renaissance) et des lieux de production d’œuvres rétro-futuristes (en particulier au Japon avec le suchîpanku).

Pour ce qui est de l’aspect purement théorique, qui dit steampunk dit mise en scène, utilisation de la vision du futur qu’on avait au XIXe siècle. Etienne Barillier le dit mieux que moi : « le steampunk a pour caractéristique principale de réinvestir le champ de l’imaginaire futuriste du XIXe siècle ».

L’auteur fait une distinction entre steampunk et uchronie : « Le steampunk entretient un lien évident avec l’uchronie, en tant qu’il explore à sa manière l’histoire humaine, en se concentrant sur une période précise […] Si l’uchronie s’interroge sur les mondes historiques « qui auraient pu exister », le steampunk se sert en revanche du XIXe siècle et de sa révolution industrielle pour créer une fiction autre. Les deux domaines se situent sur des plans différents. Là où l’uchronie se déploie dans un dialogue avec l’histoire, le steampunk regarde ailleurs – plus précisément, du côté de l’imaginaire. En focalisant son attention sur le XIXe siècle, le steampunk s’empare d’une époque, de ses rêves comme de ses artistes, de ses codes sociaux comme de ses cauchemars, pour la réinventer dans un jaillissement créatif. » Le steampunk réinvente à partir d’un imaginaire passé, tandis que l’uchronie crée une réalité historique alternative. Cependant, le steampunk, genre qui procède de divers emprunts, peut tendre vers l’uchronie, la fantasy, l’horreur… Il n’en demeure pas moins que l’uchronie steampunk existe : il y a des oeuvres difficiles à catégoriser, et c’est le propre des théoriciens (et des bibliothécaires !) de vouloir les classer ; les artistes eux ne s’embarrassent pas de théories.

Etienne Barillier aborde toutes les formes d’expression qui se mêlent de steampunk, jusqu’à la musique et la mode, en passant par les traditionnels films, romans, séries… La très riche iconographie rend compte du fourmillement créatif du genre, et malgré le noir et blanc, le résultat est vraiment alléchant. Çà et là des encadrés sur divers pièces de l’imagerie steampunk (l’éther, la machine à vapeur…) ainsi que l’avis de certains auteurs « pratiquants » sur le genre (Hervé Jubert, Xavier Mauméjean…) créent une impression de désordre dans la forme qui n’est pas dommageable au propos.

Il n’y a malheureusement pas de bibliographie des ouvrages cités, mais voici quelques conseils de lecture piochés tout au long de ce livre passionnant :

Frankenstein délivré (1973) de Brian Aldiss ;

Délius, une chanson d’été (1997) de David Calvo ;

Confessions d’un automate mangeur d’opium (1999) de F. Colin et M. Gaborit ;

La machine à différences (1990) de W. Gibson et B. Sterling ;

Bohême (1997) de Mathieu Gaborit ;

L’Age des lumières (2003) de Ian R. MacLeod, qualifié de « monumental » par Etienne Barillier ;

L’équilibre des paradoxes (1999) de Michel Pagel ;

Les voies d’Anubis (1983) de Tim Powers (« parmi les meilleurs romans steampunk jamais écrits« ).

S’il n’avait le même âge que moi je dirais d’Etienne Barillier que c’est un érudit… mais il prendrait vingt ans d’un coup ! Alors disons qu’il connaît beaucoup de choses dans bien des domaines et qu’il les transmet avec plaisir, modestie et intelligence. Un portrait qui pourrait bien évoquer l’ennui si ne s’y ajoutait un brin de n’importe quoi propre à ces gens qui font l’imaginaire en France aujourd’hui, poignées de personnes à la vaste culture qu’elles n’étalent pas mais partagent avec simplicité et folie douce. Cette touche d’improbable se révèle dans la dernière partie de cet essai : « Etre steampunk ». Car l’esthétique steampunk a aujourd’hui une existence tout à fait concrète que j’ai découverte avec autant d’étonnement que de ravissement.

Etienne Barillier sur Mes Imaginaires
 
Steampunk ! d’Etienne Barillier, Les Moutons électriques (La bibliothèque des miroirs n°6), février 2010, 352 pages, 25€

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