BD/Mangas

Borderline / 1 à 3 – Robin et Berr

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Tome 1 : Les mots de la nuit. Fernando Villa est écrivain, enfin il a écrit un premier roman qui s’est vendu à trois mille exemplaires mais reste en carafe pour le second : sa banquière l’appelle, son éditeur aussi et ses amis le charrient, mais rien. Il s’en confie à Wanda, une pute qu’il paie pour discuter avec lui. Et puis un jour, après une soirée entre amis agrémentée d’herbe chilienne, Fernando écrit. Ou du moins, il se réveille le matin et trouve un début de roman qu’il a écrit directement sur des feuilles de papier. Il essaie donc de se remettre au boulot mais en vain. Puis un autre matin, il se rend compte que c’est sur du PQ qu’il a écrit pendant la nuit, puis une autre fois, sur les murs. Au final, ça donne un bouquin qu’il envoie à son éditeur : c’est bien plus sombre que ce qu’il a déjà produit, mais aussi bien meilleur : il le publie immédiatement.

Mais aussitôt, un homme porte plainte : le serial killer que Fernando a décrit dans son roman porte son nom et vit comme lui en Alsace. Fernando perd le procès mais a le pressentiment que l’histoire qu’il a écrite est vraie. Et de fait, il précède la police sur les lieux où il découvre une femme séquestrée dans la cave, et plus tard, de nombreux cadavres dans le jardin.

Tome 2 : N’oublie pas de ma dire adieu. Wanda a disparu. Ses collègues affirment à Fernando qu’elle est partie tapiner sur la Côte d’Azur, mais il n’y croit pas. Il est certain qu’elle est morte assassinée. C’est quand il se réveille le matin et qu’il lit ce qu’il a écrit pendant la nuit qu’il voit défiler, et le lecteur avec lui, l’histoire de la jeune fille devenue prostituée. Il décide d’aller trouver son souteneur pour lui demander des comptes… il est aussi chaudement accueilli qu’on l’imagine.

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Dans le tome 3, Kumlikan, Fernando décide de remonter à la source de son problème : il se rend au Chili à la recherche du vendeur d’herbe  qui a déclenché ses premières transes. Il rencontre une Indienne Mapuche qui l’emmène dans son village d’origine. Là il s’entretient avec une vieille femme, une machi, la chamane locale, qui pense voir en lui Kumlikan, c’est-à-dire un machi lui aussi. Pendant son séjour, Fernando entend la nuit, et écrit, l’histoire de Juan qui s’est jadis fait passer pour orphelin afin de rejoindre sa mère retenue prisonnière dans une colonie fondée par d’anciens nazis qui y torturaient les opposants à la dictature, sous couvert de prophylaxie et d’éducation. Fernando sait désormais que s’il entend cette voix, c’est que Juan est mort…

 

Cette collection s’appelle Grand Angle, sous titrée « la BD comme au cinéma ». Et ce qui frappe dès la couverture, c’est l’évidente ressemblance du héros avec Jean Reno. En ouvrant c’est volumes, c’est comme si on entrait dans les épisodes d’une série où l’action se mêle au fantastique avec un graphisme d’une grande netteté et des couleurs chaleureuses. Les visages et les corps sont expressifs même si après trois tomes lus à la suite, les traits finissent par manquer d’originalité, de variété. Au final, ces dessins assistés par ordinateur semblent trop bien léchés pour illustrer le Mal qu’ils représentent.

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Le scénario est intéressant, on est très vite happé par cet écrivain fort sympathique et familier qui ne comprend pas ce qu’il lui arrive. On dirait quasi du Stephen King au départ. Quelques raccourcis d’intrigue me gâchent quand même un peu le plaisir. Dans le tome 1, on imagine mal qu’un tueur en série qui ne s’est jamais fait choper aille se mettre sous les feux de la rampe en intentant un procès à un écrivain parce que le serial killer de son roman lui ressemble comme deux gouttes d’eau ! Dans le tome 2, j’ai du mal à croire que le bras droit du souteneur fasse équipe avec Fernando pour retrouver Wanda…

J’ai lu avec plaisir ces trois volumes qui sont autant d’épisodes d’un feuilleton. La trame est celle d’un homme à la recherche d’une explication au pouvoir étrange qui s’est installé en lui, et il est le héros involontaire d’affaires de disparitions, qui se révèlent être chaque fois des meurtres. L’accent n’est pas mis sur l’action, il y a beaucoup de narration ainsi qu’une grande place accordée à l’intériorité des personnages, et dans le tome trois, encore plus original par son sujet, au combat des Indiens chiliens.

Borderline, Alexis Robin (scénario) & Nathalie Berr (dessin), Bamboo, 3 volumes parus de 2008 à 2010, 48 pages et 12.90 € chacun.

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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