Adultes

Rosée de feu – Xavier Mauméjean

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Je n’ouvre pas sans quelque appréhension un livre de Xavier Mauméjean qui m’a perdue et lassée bien des fois. Si l’enthousiasme n’est encore pas au rendez-vous, ça ne tient cette fois pas au style, assez sobre, ni à d’éventuelles longueurs. J’ai apprécié l’inventivité dont fait preuve l’auteur, l’ennui est venu du sujet : je n’apprécie pas les romans de guerre.

Nous sommes en 1944 au Japon qui est en train de perdre la guerre contre les États-Unis. Tatsuo, jeune paysan de vingt ans intègre l’école d’aviation. Hideo, son petit frère de huit ans, reste au village et pense aux exploits de son frère, ce héros. Obayashi est un capitaine de vaisseau qui en 1936 a participé à un coup d’État mais s’est refait depuis une réputation.

L’armée japonaise passe d’une défaite à l’autre et l’état major prend donc des mesures radicales : la stratégie de mort volontaire est préconisée, à savoir le commando suicide, jadis prisé au Japon sous le nom de kamikaze.

Les jeunes soldats ne se posent pas longtemps de questions, beaucoup acceptant de mourir pour leur pays en se jetant sur les porte-avions américains.

Xavier Mauméjean décrit les préparatifs, les manœuvres avec beaucoup de précision. Luxe de détails d’autant plus nécessaires que les Japonais ne volent pas à bord d’avions mais sur des dragons. J’ai craint au départ de retomber dans le maniérisme sentimental que les romans de dragons nous ont souvent valu. Et l’idée de dragons comme moyen de déplacement a déjà été exploitée dans un des pires livres de fantasy qu’il m’ait été donné de lire, une niaiserie dont je n’ai lu que le premier tome, mais qui doit bien en être au cinquième, comme quoi, tout se vend. Mais bon, pas de niaiserie ici, on n’en sait d’ailleurs finalement très peu sur ces dragons, et la relation entre le pilote et sa monture n’est pas détaillée, c’est un moyen de locomotion, c’est tout. Pour être mythologiques, ces créatures n’en sont pas pour autant archaïques et affrontent avec efficacité l’arsenal militaire moderne de l’ennemi. La vision du dragon est donc avant tout scientifique et militaire, mais pour être crédibles, ils doivent être dotés d’une histoire et de caractéristiques anatomiques aussi précises et scientifiques que possibles.

« Les dragons sont apparus durant l’ère mézoïque, précisément au Crétacé inférieur. Autrement dit, il y a environ soixante cinq millions d’années. […] Les dragons ont survécu à un cataclysme naturel, contrairement aux dinosaures. Ils se sont réfugiés dans l’eau qui est leur élément de prédilection… […] La plupart des créatures vivent près des rivages, volant au ras de l’eau pour capturer des poissons. Certains se nourrissent d’insectes qu’ils saisissent au vol. […] Un dragon japonais adulte mesure entre sept et neuf mètres, de sa gueule à la pointe de sa queue en forme de disque plat qui lui sert de gouvernail. L’envergure totale des ailes est de onze mètres, et il pèse dans les huit cents kilos…« 

Faisant contre-poids à cet imaginaire, le roman repose sur des faits historiques avérés (notamment relatifs à la guerre dans le Pacifique) et de nombreuses anecdotes qui sonnent à ce point juste que même ce qui est imaginé semble avoir existé. Xavier Mauméjean mélange habilement les matériaux fictif et historique. Il cultive aussi l’effet de réel grâce à la précision des descriptions et des reconstitutions.

Le cœur du roman tient à l’expérience des kamikazes dont on n’a pu penser tout et n’importe quoi. Fanatisme et patriotisme sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit sur le sujet, et si ce dernier figure bien au programme de ce roman, il est cependant exempt de toute forme de délire sectaire. Ce qui frappe dans ces personnages, c’est leur sobriété. S’il y a vent divin, il ne mène jamais au désespoir neurasthénique, l’auteur s’attache plus aux faits qu’à la psychologie des personnages.

Je n’ai qu’à m’en prendre qu’à moi si ce roman ne m’a pas plu : je ne m’intéresse pas aux romans de guerre, ne connais pas grand-chose aux batailles entre Américains et Japonais et encore moins aux B29 ou aux stratégies militaires. Il ne restait donc guère de quoi soutenir mon attention.

Xavier Mauméjean sur Mes Imaginaires

 

Rosée de feu, Xavier Mauméjean, Le Bélial, septembre 2010, 272 pages, 19€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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