Rex Mundi / 1 – Arvid Nelson & Eric J


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Dans un Paris de 1933 qui ne ressemble en rien à celui que nos parents ont pu connaître, le père Marin, curé de l’église de la Madeleine demande l’aide du docteur Julien Saunière car un manuscrit du XIIIe siècle secret et caché vient de disparaître de la crypte. Il s’agit d’un traité sur les sépultures mérovingiennes en Languedoc, et le curé soupçonne une jeune prostituée à laquelle il a un jour trop parlé de l’avoir volé. Comme le vol n’a pu être possible sans recours à la magie, le curé demande à Saunière de s’en occuper, étant lui-même sorcier. Le médecin retrouve la jeune femme morte torturée et le père Marin est aussi assassiné peu après. Malgré plusieurs avertissements de personnes plus ou moins bienveillantes, le docteur Saunière décide de mener son enquête sur la mort du prêtre qui lui a fait parvenir post mortem la clé de la crypte ainsi qu’un étrange message se rapportant à un tableau de Poussin.

On a donc une intrigue policière traditionnelle à tendance ésotérique. Rien de bien excitant ni original si ce n’était le contexte extrêmement travaillé et les superbes illustrations, sombres mais d’une grande précision.

La grande réussite de ce premier tome tient à la densité d’informations historiques, économiques, politiques… etc., dont il fourmille. Les auteurs ont choisi un moyen astucieux de renseigner le lecteur sur le contexte : la reproduction en fin de chapitres de pages du « Journal de la Liberté ». Habile stratagème qui n’a qu’un défaut : c’est écrit tout petit.

Le monde est divisé en plusieurs grandes puissances coloniales et expansionnistes. La France, à la tête de laquelle règne Louis XXII, est en délicatesse avec son voisin prussien, gouverné par Karl-Frederick VII. L’agitation belliciste du pays est attisée par le duc de Lorraine à la chambre des épées : il veut armer la France contre tous ses voisins et même engager une croisade en terres islamiques. Il n’est pas pour rien le descendant direct de Godefroi de Bouillon, roi de Jérusalem.

Toute l’économie du pays passe par les guildes, associations d’artisans plus ou moins mystérieuses. Il y a une guilde des médecins, des enlumineurs, des daguerreotypistes, des travailleurs du rail, des sorciers…etc. L’Inquisition, qui fait office de police,  est plus active que jamais et entend renforcer la répression autour des sorciers, et son Excellence l’archevêque Ireneaux a nommé le Grand Inquisiteur Moricant à la tête d’une nouvelle force anti-criminalité. L’utilisation de la magie n’est pas interdite, sauf la magie noire qui connaît une recrudescence dans les rangs du crime organisé.

Ce premier tome a déjà été publié il y a quelques années, et la série abandonnée. Milady Graphics la reprend, et le deuxième tome étant déjà sorti, il y a de bonnes chances qu’on en voie la fin. Et c’est tant mieux parce que cet opus est aussi beau qu’intéressant. Car enfin, réunir dans une même BD uchronie, policier, ésotérisme et politique sans embrouiller le lecteur mais au contraire en lui donnant envie d’en savoir plus, moi je dis bravo !

Je ne connais quasiment rien en comics et si j’ai ouvert celui-ci c’est parce qu’il me semblait différent : pas de grands a-plats de couleurs criardes, par de super héros aux super pouvoirs, pas de giclées de sang et de corps éparpillés en mille morceaux (oui, j’ai une vision réductrice du comics…). Au contraire, de superbes planches, un trait précis et soigné, et un grand réalisme des costumes, de la ville et de l’architecture.

Arvid Nelson sur Mes Imaginaires

Rex Mundi – 1 : le gardien du temple, Arvid Nelson (scénario), Eric Johnson (dessin), Bragelonne (Milady Graphics), août 2010, non paginé, 14,90€

 

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