La reine de vengeance – Christophe Lambert


La reine de vengeanceLa reine Boadicée est une figure de la résistance à l’Empire romain. Elle devint reine de son peuple, les Icènes, au Ier siècle après Jésus-Christ aux confins de l’Empire, sur une île qu’on appelait alors la Bretagne et qui devint plus tard, la Grande-Bretagne. Boadicée, c’est un peu le Vercingétorix britannique.

« Grande, terrible à voir et dotée d’une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu’aux genoux, et elle portait un torque d’or décoré, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d’une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l’apercevaient. » écrivit Dion Cassius, l’historien romain, à son sujet.

Christophe Lambert s’empare de ce personnage pour en faire une héroïne haute en couleur dans le respect de l’Histoire mais sur un mode teinté de mythologie sur le déclin. Car de façon à la fois poétique et tragique, Christophe Lambert dessine la fin du panthéon romain, de toute une mythologie de dieux jadis puissants mais désormais délaissés, l’indifférence des hommes les faisant disparaître peu à peu.

Mais si Boadicée a remporté plusieurs victoires sur l’envahisseur romain, c’est grâce à l’aide active de la déesse Minerve, qui, au prix de querelles violentes avec son frère Mars, dieu de la guerre, fit forger une lance invincible pour la reine. Ainsi armée, celle-ci se bat, tue et même décime l’ennemi dans une fureur guerrière qui l’effraie elle-même.

La jeune reine, forte de ses victoires, rallie à sa cause d’autres tribus (les Trinovantes, les Coritani…), au point d’inquiéter Paulinus, le gouverneur de la province, qui n’a pas l’habitude d’une telle résistance, surtout de la part d’une femme. Une réflexion sur la guerre, la violence, le pouvoir se fait jour derrière les combats.

Ce livre est donc plein des fracas et de la fureur de batailles ancestrales, mais aussi de relations plus personnelles puisque Boadicée est mère de deux jeunes filles, Ana et Caitrin, toutes deux violées par des Romains en signe de représailles. La reine est elle-même un personnage très humain, à la fois guerrière, mère et amante, tiraillée entre ses différents devoirs.

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On lit très facilement ce roman qui malgré son peu d’ampleur en nombre de pages  fait revivre une époque grâce à mille détails quotidiens et à l’épaisseur psychologique des personnages principaux (certes pas extrêmement complexes, mais crédibles). Deux lexiques en fin de livre permettent de définir les mots spécifiques à l’époque ainsi que les fonctions et attributs des dieux et déesses romains.

Christophe Lambert parvient donc à romancer des événements historiques lointains et inconnus du jeune public et à les rendre intéressants grâce à une bonne dose d’aventure et d’humanité (même si les relations mère-filles m’ont semblé parfois extrêmement modernes, trop pour l’époque mais certainement inévitables pour que les jeunes lecteurs d’aujourd’hui s’y retrouvent).

Un petit passage qui m’a bien amusée, à l’humour certainement involontaire. L’extrait se situe au moment du mariage de Caitrin : « Les animaux étaient aussi à la fête. Les enfants amenaient aux chevaux des petits gâteaux de son parfumés au miel. Les cuisiniers tournaient des poulets à la broche. La peau des volailles grésillait et sentait bon. On avait également préparé du civet de lapin accompagné de haricots relevés à l’ail sauvage » : il n’est pas certains que hommes et animaux aient le même sens de la fête !

Et puisque nous en sommes aux animaux, une dernière remarque : les chevaux n’ont pas de pattes, mais des jambes.

 

Christophe Lambert sur Mes Imaginaires

 

La reine de vengeance, Christophe Lambert, Mango (Royaumes perdus n°15), juin 2010, 245 pages, 9€

 

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