Adultes

La louve et la croix – S.A. Swann

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Après les vampires, place aux loups-garous, finalement pas si fréquents dans nos littératures. L’auteur choisit pour héroïne une femme, et pour période le Moyen Age et l’ensemble est plutôt convaincant.

L’alternance des chapitres croise deux époques qui permettent de reconstruire peu à peu l’histoire de Lilly et de Udolf.

1231. L’ordre des chevaliers Teutoniques, protégé à la fois par le pape et par l’empereur, entame la christianisation des terres du Nord. Bien des soldats se croisent pour obtenir l’absolution de leurs péchés et éviter le voyage en Terre sainte. En Prusa, ils combattent des païens qui résistent à cette nouvelle parole qu’on veut leur faire adopter de force. Mais frère Semyon a trouvé au coeur de la forêt une arme efficace, une portée de monstres redoutables qui de tendres enfants peuvent se changer en machines à tuer impitoyables. Aussi, quand le Landkomtur Erhard entreprend la prise du village de Mejdan, il n’hésite pas à lâcher la petite Lilly sur les villageois qu’elle massacre.

1239. Mejdan christianisé est devenu Johannisburg. Lilly, à présent jeune fille est enfermée et hautement surveillée pendant l’absence de son maître, le Landkomtur Erhard. Elle parvient à s’échapper en se transformant en monstre et à se réfugier dans la forêt. Udolf, le fils adoptif de deux fermiers prusans convertis, son oncle et sa tante, la trouve et sans savoir qui elle est la ramène chez lui (tant bien que mal car il a perdu un bras huit ans plus tôt) et l’héberge. Avec ses parents, Gedim et Burthe, et sa jeune sœur, il la soigne. Mais les soldats la traquent : elle doit se cacher, ou s’enfuir.

L’intrigue entretient un certain suspens, qui n’en est pas vraiment un, car le lecteur comprend rapidement que Lilly et Udolf se sont déjà rencontrés. En présence de la jeune (et belle, et douce) Lilly, les souvenirs reviennent à la mémoire d’Udolf qui se rappelle le massacre qui coûta la vie à sa famille et où il perdit un bras.

Ce qui est intéressant n’est donc pas tant cette histoire d’amour impossible (quoi que…) que l’aspect historique du roman. L’accent est clairement mis sur les méthodes vraiment peu catholiques de christianisation : avec l’accord des plus hautes instances de l’Ordre et de l’Église, le commandeur de province Erhard dresse un monstre pour qu’il devienne une machine à tuer les païens prusans qui ne se convertissent pas assez vite et se révèlent être des adversaires aussi féroces que les Sarrazins.

Gedim se souvenait de la façon dont l’Ordre avait rassemblé tous les survivants de Mejdan. Ceux qui avaient accepté d’être baptisés avaient retrouvé leurs maisons – si elles étaient encore debout – et leurs terres – s’ils en avaient. Ceux qui avaient refusé en revanche…

Les vieux prêtres avaient été brûlés vifs par le feu de Perkunas, avant que sa flamme perpétuelle soit éteinte et que les chênes sacrés soient abattus pour fabriquer des croix en l’honneur de l’église du nouveau Dieu. Des guerriers, compagnons d’armes de Gedim, avaient été exécutés, des femmes et des enfants emmenés comme esclaves.

C’est cet aspect religieux qui rend ce livre original et recommandable. Le thème du loup-garou n’est pas prétexte à de fastidieuses descriptions sanglantes mais bien plutôt à une réflexion sur l’origine du Mal : Lilly est-elle plus coupable d’être née monstrueuse et de suivre ses instincts pour obéir à son maître qui n’hésite pas à la battre, ou bien est-ce son maître, qui est coupable d’entretenir cette nature monstrueuse et de l’utiliser au nom de Dieu ? L’ambiguïté n’est pas de mise, on devine la réponse, mais l’idée est bonne et son traitement historique bien mis en scène.

Malgré quelques facilités de scénario et deux jeunes héros globalement convenus, c’est un roman différent, qui aborde des thèmes peu souvent traités en littérature fantastique.

La louve et la croix, S.A. Swann, traduite de l’anglais par Nine Cordier, Bragelonne, août 2010, 381 pages, 20 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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